PHEDRIENNE
On nous parle beaucoup d’équilibre, d’harmonie intérieure à chercher comme on quête le saint Graal, avec force méthodologies et solutions puisées aux cultures ancestrales, ou nouveautés psy révolutionnaires.
Et on scrute aujourd’hui chez chacun le moindre signe de souffrance intérieure, de tic, de toc, de mal être exprimé par des rituels, des façons d’être, des bizarreries, etc. Besoin sans doute salutaire d’édulcorer le monde et d’éradiquer une forme de mal censé nuire à l‘équilibre et être la source de tout. Ne pas souffrir semble être devenue la panacée et l‘obsession de ce monde occidental repu de matérialité et qui n’en est pas heureux. Avoir des états d’âme, des chagrins, des douleurs est donc très mal vu ! Alors, les psy, gourous, guérisseurs, maitres, coachs, et autres légions et cohortes de guérisseurs de l’âme sont là pour encadrer, guider, soutenir, amener. Avec souvent une absence de retour sur eux-mêmes, une méconnaissance de leurs propres états et motivations et surtout une absence d’humilité qui m’interroge.
Je ne me fais pas l’apologue des martyrs et des rédemptions douloureuses, hein , entendez le bien ! Et ne me réjouis pas d’avoir mal ! Mais constate que souvent ces interminables douleurs mentales vous renvoient et vous obligent à vous regarder dans le miroir un peu, vous insufflent le courage d’aller plus loin, vous poussent à comprendre et à changer. Je sais le postulat universellement admis que l’on ne peut s’aider soi–même et avoir un regard ajusté et complet sur les tréfonds de sa personne ; Qu’il faut une aide et un regard extérieur neutre pour y voir plus clair. Mais, aujourd’hui et au risque de passer pour une dangereuse rebelle, je me demande si ce diktat de la pensée est si juste que cela. S’il n’ouvre pas la porte à de dangereuses dérives. Le cours de la vie est émaillée d’aléas, de pertes et de joies mêlées, et d’autres civilisations que la nôtre ont si ne pas scinder artificiellement la mort et la vie. Nous, aujourd’hui, devenons des assistés mentaux qui ne pouvons plus rien subir de nous-mêmes. Qui ne savons plus rien regarder sans nous effondrer si un tuteur n’est pas là pour nous soutenir. Je ne nie pas le bien fondé des thérapies pour reconstruire les égo malmenés et démolis ! Ce qui pour moi passe par une forme de courage et d’autonomie. Je m’interroge sur la démultiplication des offres et l’incapacité qu’elles génèrent à faire grandir lorsqu’elles se proposent de remédier à tout. En sachant la non neutralité effective et l’imprégnation mentale incontournable que ce type d’aide génère.
Et sur la nécessité vitale selon moi, de savoir garder la capacité à affronter, et à s’adapter. Et qui reste pour moi le garant de ma liberté….
Merci à toi pour ta fidélité et la pertinence de tes interventions toujours argumentées.Mon propos n'est pas de nier le recours à un "tuteur" comme tu le sais, puisque se connaître est aussi savoir s'avouer ses limites et ne pas s'auto détruire quand on ne sait pas se "réparer". Mais, c'est vrai que j'ai l'impression récurrente, au vu de ce que je ce que je vois et entends, que cette souffrance de l'âme attirre irrésistiblement dans son orbe des "guérisseirs" plus motivés ^par la manne financière que cela représente que par l'amour de l'humain.
J'ai un respect très profond de l'humain, et ne jugerais jamais un homme qui trébuche et tombe, sachant fort bien moi-même sombrer parfois dans des accès de détresse dont il ne m'est pas toujours facile d'émerger. C'est ce respect et cet amour qui me font réfléchir et me distancier, sans toutefois vouloir mettre dans un même bain saumâtre les thérapeutes avisés et les charlatans.
Bonne journée à toi
voici un sujet qui ne peut me laisser indifférent.Je comprends très bien ce que tu exprimes puisque je suis moi-même passé par des moments douloureux, où la vie nous amène à faire des choix.Pour "quelques" uns, c'est l'abandon, pour d'autres c'est la remise en question et la réflexion personnelle.J'ai fait le deuxième choix.Je crois avoir eu la chance de choisir le bon tuteur, celui qui m'a aidé à trouver les clés de ma reconstruction...Dans ces moments difficiles, une aide extérieure est indispensable car sans elle il nous est difficile d'avoir le recul nécessaire, pour trouver le bon chemin...
Je crois que notre société et ceux qui la manipule font en sorte que, justement, l'être humain ne se sente pas bien dans sa peau, pour le rendre plus fragile, plus faible.Et malheureusement, en effet, parmi les tuteurs se trouvent des personnes mal intensionnées toujours prêtes à profiter du malheur et de la faiblesse des autres.
Ce que j'ai compris aujourd'hui, c'est que la réflexion personnelle, le questionnement,l'aide extérieure (la bonne), puis les réponses qui en découlent permettent de retrouver une force mentale , d'avoir une autre image de soi, d'affronter les autres sans baisser la tête et ça, ça n'a pas de prix.
Amicalement
Merci pour ta contribution interessante et ce témoignage. Je crois qu'il est en effet nécessaire de garder la tête froide et de réfléchir, même quand tout nous pousse au contraire. Garder la possibilité d'un recul. Comme tu le soulignes, aller chercher une aide est parfois la meilleure des choses, et c'est une démarche positive et courageuse. Après, trouver la bonne personne est une opération complexe et quoi qu'il en soit il faut garder son indépendance autant que l'on peut. La société est un sytème qui nivelle par facilité et intérêt. Elle supporte difficilement la marginalité et génère de ce fait des inégalités et des stress, mais c'est le cas de tout système civilisationnel. Et nous nous sommes des individus qui ne doivent pas être transformés en objet.
Le sujet très pertinent que tu abordes ce matin m'inspire deux remarques.
Il est vrai que face à cette cohorte de guérisseurs ou pseudo guérisseurs, la personne qui souffre a bien des difficultés à s'y retrouver et risque de se sentir encore plus mal après une "consultation" douteuse.
De plus, je suis d'accord avec toi sur le fait que la société veut faire de nous des "assistés mentaux". Et comme toi, j'entends bien "savoir garder la capacité à affronter et à m’adapter". Mais je pense que cela reste possible si le corps suit, si le physique vient soutenir le mental. Quand tout fiche le camp, qu'on ne tient plus debout, au sens propre et au sens figuré, alors sans doute l'épaule solide d'un tuteur capable et sérieux devient une nécessité. C'est vrai, il est souvent difficile de le trouver, ce tuteur, et cette recherche requiert un grand courage et une bonne dose d'humilité.
Au fond, quel est son rôle, à ce "tuteur" ? Il doit soutenir, guider, remettre sur les rails. Tout comme un accidenté de la route a besoin d'une aide pour marcher à nouveau, l'accidenté de l'âme a besoin lui aussi d'un soutien pour se reconstruire et tracer, pourquoi pas, un chemin nouveau. Dans tous les cas, courage et motivation profonde sont indispensables. Le tuteur seul ne peut rien...
Merci encore pour les sujets de réflexion que tu nous proposes... et bonne journée !
Laurence