PHEDRIENNE





J’ai couché mon corps sur la pierre séchée de soleil.
La musique hurle et arrache mes tympans, cris de la basse, dans la fraicheur de l’eau qui monte des rives. Un cygne me regarde, son œil dur semble un diamant cassant.
Le piano fou martèle mes oreilles comme s’il jouait sur mon cœur. Le timbre écorché, râpeux de la voix me donne la complainte si connue des amours déçues qui ne veulent pas mourir.
Je dérive, comme les eaux, le vent me souffletant le visage. Cette douleur au ventre qui me plie, me rend compacte comme la pierre, d’où vient-elle ? C’est comme un chant venu de l’intérieur, une grande voix qui réclame d’être entendue.
Sur les pontons moussus, des amoureux s’alanguissent. Je les voie à peine.
Seule me porte la voix émouvante des eaux qui bredouillent et murmurent à chaque passage d’étrave.
Des feuilles mortes tachent de couleur l’émeraude épaisse du fleuve, petites flaques d’or et de bronze. L‘eau lèche les marches où je gis, avidement, avec un petit halètement sourd. C’est comme le baiser d’un amant qui ne voudrait jamais finir.
Le ciel, au-dessus de moi, s’ouvre et m’enlève dans sa spirale bleue. Je ne suis plus de nulle part, juste un corps qui sent, une main qui écrit, un esprit qui se délite dans un souffle. Magie des eaux qui referment sur moi leurs bras puissants et ombrageux, et pour quelques instants, me font ondine….

Mar 14 oct 2008 2 commentaires
Je ne sais pourquoi ton très beau texte me fait penser à Rimbaud et à son "Aube". "Je ris au wasserfall blond qui s'échevela..." Une quête amoureuse dans les deux cas, peut-être... Amicalement Laurence
Laurence - le 14/10/2008 à 22h06
Bonjour Laurence Tu me fais vraiment un grand honneur par ces mots, merci.....
phédrienne - le 15/10/2008 à 06h58