PHEDRIENNE

J’aimais cela ; cette sensation presque tactile d’être en connexion étroite, flux illimité neuronal passant en ondes de choc électriques entre un autre cerveau et le mien ; Connivence de pensées et d’agir qui nous faisaient chercher les mêmes rives  en même temps. Appeler à la même seconde ; Sentir que l’autre n’allait pas ; Comme ce qui me lie  à mes enfants ; Cet invisible fil qui ne se défait pas même quand ils s’en vont ;

J’aimais cela, ce vent portant qui insufflait à mes mots une tendresse et une force jamais nées jusque là, ce culot, cette audace à revendiquer l’amour du haut de mes 48 ans, comme une adolescente farouche, rebelle, mise à nue, ce corps donné sans peur, sans pudeur, cette âme montrée avec ses ravages intimes, ses pulsions, et son monde intérieur si fou ;

Se donner, comme on se perd ; Oser tout, braver les regards qui jugent et soupèsent, braver les peurs de l’autre ; Etre comme une vigie toujours lumineuse dans les nuits d’encre, partager.

Enfin ne plus avoir peur de dire, sentir que l’on peut être pris, se libérer de sa cage de raison, s’assumer en sauvageonne inadaptable à la vie de tous les jours.

Montrer enfin son innocence, intacte, malgré les à coups et les rides de la vie ;  Blancheur d’âme, azur du corps à se livrer entier pour une première fois ; Non, je n’ai pas de honte à poser ces mots là, confession intime d’une femme plus que femme, maitresse de ses mots, de ses désirs, abandonnée à ses sentiments arrachés à la crête des océans fous.

Non, je n’ai pas peur de dire l’abyssale fracture de mon moi affectif, privé d’amour depuis toujours et dont la soif ne peut être apaisée ; pourquoi aurais-je peur, j’ai tout donné. C’est comme cela que je voulais être, au moins une fois.

J’aimais cela ; Ce fil d’or qui s’est presque cassé et qui voltige au loin dans des tourbillons gris, que le vent emporte et délie malgré ce qui existe, ce qui est encore là, ces mots éclatés qui se fracassent sur du silence, cet appareil photo que j’ai posé parce que le monde ne me parle plus, que le cœur interne de Phèdre s’est tu et attend son réveil, qu’il ne palpite plus à la douceur du jour, à la blondeur d’un sourire ; Parce que le silence est venu habiter mon cœur et fermer mon portable et mes mots, poèmes hurlant l’amour d’un homme et qui ne peuvent plus se dire.

J’aimais cela. En moi le vent des forêts et des lacs appelle et murmure, m’emporte comme un duvet à peine palpable sous les doigts. Je laisse mes sens vibrer et reconnaitre une essence un mot, un éclat de couleurs jetées sur une toile, un parfum, comme un chien qui a perdu son odorat et rêve de reconquérir  l’Eldorado. Et je rêve, je rêve encore ; je rêve que je vis ; Et parfois un sourire qui vient chercher mes yeux, souligner ma silhouette de pêcheuse de rêves, sous le long manteau  qui flotte derrière moi, me rappelle que je suis encore…..Phèdre !

Sam 3 mai 2008 Aucun commentaire