PHEDRIENNE
Cher(ère) iconnu(e),
J’ai envie de vous dire ce matin, asseyez-vous la doucement; et regardez-moi. Pour une fois, parlons d’homme à femme ou de femme à femme suivant ce que vous êtes; mais parlons sérieusement; Ouvertement; Complètement, puisque vous ne me connaissez pas, et que rien de ce que je suis ne vous touche.
Vous voyez, j’ai posté sur ce texte une photo un peu étrange ; pétale de rose qui semble une figure de sucre perlée de caramel, rose qui ne se ressemble pas. Et bien, vous savez, c’est un peu comme cela que je me ressens. Non pas comme une rose, je ne puis avoir cette prétention là, rassurez-vous !
Mais une femme qui ne sait plus trop qui elle est. En entrant sur ce blog, sur la page de garde vous avez vu une photo de moi. Féminine, je pense, douce, un peu arrogante dans la pose qui était là pour jouer avec l’œil du photographe. J’ignore ce que cette image suscite en vous, si elle émeut ou indiffère, Peut-être ne l’avez-vous pas regardée, et ainsi, votre image de moi, si tant est qu’il y en ait une, s’est constituée à travers mes mots, que peut-être vous avez glanés ici ou là.
Une image de moi, une virtualité qui pourtant rejoint un de mes pôles.
Il parait que j’ai deux visages. Celui qui est sous jacent à mes images, cette douceur crémeuse des fleurs cherchée à travers la lumière composite, et celui beaucoup plus dur et tranchant de mes mots, sous leur revers permanent de sensualité et de recherche; Un visage incisif, marqué au cynisme de l’intelligence, une belliquosité guerrière, avide, sensorielle, et primitive.
Il parait que j’ai deux langages : une épée au tranchant sulfuré, marqué à l’acide, corrosive et tranchante, et une plume douce, soyeuse et froufroutante qui caresse et titille.
Phèdre bicéphale,
Vous m’écoutez toujours ? Merci de votre patience ! Je sais bien qu’il vous tarde de reprendre votre chemin, loin de ces minauderies narcissisantes; mais, que voulez-vous, je suis en crise identitaire moi, en recul sur tous les fronts de connaissance et de re-connaissance, comme un rebours.
Quelquefois, je jette ma plume, effrayée comme si elle me brûlait les doigts et je me demande qui écrit la ? La Phèdre douce, la Phèdre dure, le monstre androgyne qui est un peu des deux, un peu de tout ? Ca ne me gênait pas avant, me direz-vous ?
C’est vrai, mais maintenant je suis une femme qui doute, de tout et sérieusement; Ne riez pas ! C’est inconfortable vous savez de ne pas savoir ce que l’autre regarde, ce qu’il voit ! Alors, je vous le demande, à vous qui pourrez repartir ensuite habillé de votre marmoréenne indifférence, ne m’épargnez pas, allez-y franchement ! Vous voyez quoi, qui, au juste, quand vous me regardez, assise, la ? Vous ressentez quoi ? Avec mes mains volubiles, mes yeux braqués sur vous ? Regardez-moi bien, je vous tends mon regard ouvert jusqu’à la garde, ma face et mon profil et jusqu’au mouvement de ma tête quand je vous parle ! Je me déshabille pour vous ! Regardez et dites moi ce que vous voyez avec vos mots à vous ! Ne m’épargnez pas, livrez-vous !
Au moins, pour une seconde, je saurais peut-être un peu comment j’existe à vos yeux…….