PHEDRIENNE


«  Elle était si triste qu'on ne voyait même pas qu'elle était moche. Je lui ai mis les bras autour du cou et je l'ai embrassée. On disait dans la rue que c'était une femme sans coeur et c'est vrai qu'il n'y avait personne pour s'en occuper. Elle avait tenu le coup sans coeur pendant soixante-cinq ans et il y avait des moments où il fallait lui pardonner »



Je relis pour l'énième fois ce passage et ce livre d'Emile Ajar, alias le tendre Romain Gary, « La vie devant soi ».


Roman d'amour iconoclaste et dérangeant qui unit un gamin précoce et hypersensible, Momo, un petit beur sans racines, à une vieille femme rescapée des camps et qui se cramponne à la vie comme elle peut; Combat dur et insoluble mené par le petit garçon pour que la vieille femme usée, triste, ex prostituée qui recueille chez elle les enfants des autres, puisse mourir comme elle le veut, loin des hopitaux et de la normalité des gens.

Expression vraie et forte de sentiments qui s'extraient de la mièvrerie et des poncifs pour s'enraciner au coeur d'un quotidien très cru, très triste aussi parfois, mais que la verve des personnages et la façon que Gary a de les « reliefer » de leur donner le mot juste, la saveur d'un sentiment impromptu exprimé sans honte ni retenue, rehausse de mille couleurs;

Livre habité par le célèbre rire des clowns tristes où l'humour décalé de Gary s'allie à une poésie magique matinée des rêves et des errances de l'enfant, fleur des pavés de Paname, à la recherche de ses origines et du sens de la vie.


Un livre a redécouvrir et à goûter d'urgence ............


La vie devant soi - prix Goncourt 1975- Emile Ajar
http://www.romaingary.org/


 

Lun 28 jan 2008 Aucun commentaire