Un temps de neige….blanc, dur comme la faim qui casse, rattrape, nettoie l’homme de ses fragilités ; un temps de neige beau comme un rire, beau comme mes jeux d’enfants….se superposent sous ce blanc, l’écume des autres mers, ces rivages de détritus noyant des plages lointaines, la salissure de nos délires urbains, portés par les bras forts des fleuves et des océans, jusque là bas au delà des mers….un temps de neige blanc comme des draps frais glissant sur des corps, douceur enveloppant de son suaire de sommeil nos rêves hésitants, fière denture des montagnes hachant de leurs pointes de givre le bleu du ciel…..et sous cette pluie de blanc, ces cristaux fins que le vent déchiquette, ce vol erratique et cuisant, des gens……
Un temps de neige, comme des ailes dépliées lentement, amarres de plumes douces emportées par le temps, baisers de glace qui déchirent l’ourlet des lèvres et le sang coule lentement, vie révélée, tonitruante, pulsation du cœur que le froid enivre, souffle dessiné qui monte dans les rues, et pour une fois, se voient ces milliers de respirations formant des flammes blanches au–dessus du bitume. Les hommes vont serrés, ceux qui ont chaud, les mains dans leurs gants et puis les autres, les doigts rouges, cherchant le creux d’une poche, le bord d’une manche trop courte, le carton ou le porche et nos regards qui ne les prennent pas…..
Un temps de neige et le vol suspendu d’un oiseau dans le silence, cette beauté de la nature qui se tait, s’épure, se suspend dans l’opalescence des nuages drus, dans les faisceaux noués des arbres qui sommeillent, dans les maisons ourlées de ouate , dans cet enfant tête levée et qui tend sa main nue pour sentir juste ça, ce petit cube de froid…..
Un temps de neige et l’esprit s’évapore, les touches blanches et noires jouent un air de solitude, une chanson qui vous retient, et tout-à-coup vous déshabille, un temps de neige comme un miroir, et tout-à-coup le rire vient, cette ivresse du grand large, ce vertige de glace et de sucre, ce poudroiement qui vous foudroie, vous éclabousse et puis vous noie, ce grand blanc qui vous étreint, comme les bras d’un ange dont on ne voudrait plus jamais sortir….
A VOUS LA PAROLE