Il fait gris, un temps hostile, appuyé et ennuyeux. Le bâtiment austère en retrait de la route a des allures de bloc stalinien, rigide et froid. Mais, dans le hall, une petite foule bruisse, où des visages divers se regardent en tapinois. Mes deux acolytes et moi, qui sommes venus en repérage, glaner quelques images, restons un peu en deçà, pas très surs d’être acceptés et compris dans notre démarche. En recul aussi, 3 adolescentes brunes et une petite fille semblent sur le point de se sauver de là !
Le slameur qui anime le stage inter âge, jeune et mobile, sourit, très à l’aise.
Et le groupe à sa suite s’installe dans une petite salle de réunion, meublée de quelques rangements et
d’un padex. Au fond, des tapis de sol et un nounours oublié là…..il fait silence, avec cette petite tension particulière qui règne dans les salles de classe avant une interrogation.

Autour de la table, des visages divers, beaucoup de femmes, des mamies, des femmes matures au visage fatigué, expressif, quelques hommes discrets, et ces jeunes au regard noir très vif.
L’animateur chauffe sa salle doucement en rappelant les bases du slam puis en initiant un jeu sonore, un enchainement de mots où soudain tout se dit avec aisance. Les langues se délient et au milieu des sourires, puis des rires, l’atelier prend vraiment son essor.
Image amusante de ces têtes adultes penchées docilement sur les feuilles où les stylos courent ou hésitent un peu, pendant que la petite fille très calme dessine à grandes envolées de feutre, sans perdre un instant ce regard si sérieux propre à l ‘enfance !
Comme sur une scène, chacun ensuite se lève et donne ses mots, les affirme et les revendique dans cette oralité qui est la vraie signature du slam, fait pour être scandé, joué, vécu debout, la voix accompagnant la musicalité, frappant les syllabes. Et nous, qui tournons avec nos appareils photos pour tenter de saisir ces instants de création éphémères, où se libèrent des images cachées, des audaces dont leurs auteurs semblent étonnés, nous suspendons nos pas, nous nous faisons discrets, pour ne pas enrayer ce processus un peu magique, cette mystérieuse alchimie des mots qui prouve ainsi magistralement, à quel point elle peut naitre partout et de nulle part, des têtes blanches et des têtes blondes, n’importe où, quelque part………………..
A VOUS LA PAROLE