Regardé hier sur Canal Plus, dans un talk shaw (oui ça m’arrive, rarement) une présence sympathique et sincère, tranchant d’ailleurs sur la troupe navrante qui l‘avait précédé : Nicolas Bouvier.

L’homme , venu parler de son dernier film, loup, s’est longuement exprimé sur ses voyages, dont un au pays des Evene ; expliquant qu’il s’y était immergé pendant une année, et avait été adopté par la communauté, avait vécu comme l’un d’entre eux, était considéré comme eux. Bien sur, il ne convient sans doute pas  de prendre à la lettre cette transmutation symbolique de vie. Mais ses mots m’ont interpellée, faisant écho en moi à d’innombrables lectures et questionnements sur ce qui fonde l’identité d’un être, ses racines. Sur ce malaise sociétal généralisé qui nous fait lorgner du côté des peuples restés fidèles à un mode de vie ancestral, non civilisé, et qui nous apparait comme un âge d’or mythifié, et une seule planche de salut.

Bien sur, je partage en un sens ce malaise, étant comme vous tous, née par hasard dans un milieu qui peut-être et même surement n’aurait en aucun cas été celui que j’aurais choisi librement ; ma révolte adolescente à cet  égard a atteint des extrêmes qui n’ont pas leur place ici. Mais, le travail de la pensée, la maturation des idées, m’a éloignée de ces dérives qui au final poussent un homme à se libérer d’une prison mentale, de racines culturelles lourdes et contraignantes pour s’en forger une autre. Les mots ne sont jamais vains ; Ils recouvrent à leur manière une réalité qui n’a rien de virtuel. Quand on vous pousse à vous initier à un autre mode de vie, à renaitre de façon symbolique dans une autre peau, ce qui existe de tous temps et en toutes sociétés, nos civilisations ne font pas autre chose par le baptême), c’est votre intégrité mentale, votre coque intime qui est visée.  Et pas autre chose ! S’y soustraire fait de vous un étranger qui à jamais restera à la porte d’un monde.

Et pourtant, c’est un chemin que moi, je ne veux jamais prendre, préférant me profiler en citoyenne du monde, sans lorgner vers un eldorado, qui à mon sens ne peut être trouvé qu’en soi. Peut-être cela veut-t'il dire simplement qu’un homme reste un produit de culture, un être profondément civilisationnel, qui ne peut inscrire son identité en dehors d’une communauté choisie ou non, je ne sais.

Je l’ai déjà écrit ici, je préfère quant à moi, être comme Rimbaud un être aux semelles de vent, à chacun son rêve…... !

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Phédrienne - Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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