J’aime bien ramer à contre courant, ça fait les bras et ça fait jaser aussi parfois….aujourd’hui, je rame à contre mots, contre ce que je
vois sur les étals des libraires, pas pour ne faire que râler non, mais à cause d’une petite histoire. Celle d’une petite fille qui il y a déjà quelques temps a reçu un jeu de construction
absolument merveilleux.
Des briques à empiler, à emboiter, des formes multicolores et disparates, flexibles et transformables, transmutables à l’infini. Avec ce jeu , la petite fille un peu timide, un peu seulette s’est
mise à échafauder des villes, des mondes et puis des planètes, des trucs insensés, des laboratoires volants pour ses idées, des vaisseaux en partance pour l’imaginaire. Ce jeu, véritable boite à
merveille, ce sont les mots bien sur, vous l’avez deviné.
Et les couvertures des livres sont devenues pour elle autant de portes et de fenêtres sur des ailleurs à inventer toujours, autant de moyens aussi de regarder la réalité autrement.
Aujourd’hui, l’écriture excentrique, excentrée se resserre toujours plus, sur l’égo, la vie, le quotidien et ses aléas, nos enfances, nos amours, nos tristesses, nos blessures, un reality show
écrit, où la biographie ordinaire ne se frotte ni au piquant ni au sucre, mais à une triste saumure, toujours plus près du sol, toujours plus rapprochée du puits sans fond de nos
ombilics……la « vraie vie » comme on dit s’expose et fanfaronne sous les plumes…..mais pour dire, montrer quelle vérité plus tangible, quelle réalité ? Pour dire quel combat ? Pour apporter
quel autre sens que crier ce qu’on est à l‘instant, témoigner, mais de quoi, pourquoi ? Pour quelle exemplarité ? Ce qui ne transforme ni n’invente, ce qui ne fait que témoigner, cela
reste- t’il de l’écriture, de la littérature, où n’en est-ce qu’un bout, une partie qui occulte un paysage plus immense, intense….c’est ce que je me demandais en parcourant les rayons d’une
Fnac aujourd’hui, en me demandant où était passée la fameuse part du rêve ?
Comme si la quête obsessionnelle du « soi » n’aboutissait qu’au désir de l’exhiber sur la table, alors qu’une histoire peut devenir un vaisseau aux destinations multiples, que tous peuvent aborder et que chacun peut quitter là où il le veut, une fois son propre voyage accompli….
sans parler des livres et des mots, chez l'enfant on remplace les jeux de construction qui font travailler l'imagination par les jeux vidéos...
Les briques à empiler, à emboiter, les formes multicolores et disparates, cela me rappelle non pas l'égo mais les Légos.
Tout ça pour dire que je suis d'accord avec toi, où est passée la part du rêve ?
Amicalement.
C'est bien pour cela que j'ai pris cette image et aussi parce que les mots se déconstruisent et s'inventent par un jeu qui n'en est pas si lointain; Tu sais, dans le sommeil, c'est le rêve qui est indispensable à l'homme pour sa sérénité; pas un acté éthéré mais l'envol de l'esprit dans sa légereté mais aussi toute sa profondeur.
Merci de ton passage.
je sais cela, disons alors que très subjectivement, pour moi l'écriture est ailleurs et le restera, plus par prédilection que par refus d'ailleurs !!!