Dans la serre, pas un bruit n’oblitère le silence. Debout, serrés, un peu haletants sous la chaleur tropicale qui règne, les cheveux perlant de sueurs, nous, les chasseurs d’images, nous sommes là. Fébriles, le chiffon à la main pour tamponner la buée qui, inlassablement, couvre les optiques, guettant le vol erratique et capricieux des papillons alanguis, trompés par les fleurs factices et les vêtements colorés des visiteurs.
La lumière artificielle, agressive, les attire et les saoule, traversant leurs ailes bigarrées d’éclats prismatiques. Certaines ailes semblent alors dessinées dans la nacre ou la soie, fragiles vaisseaux dont j’aurais senti le vol se poser, un instant, sur mes cheveux.
Impossible de travailler sans flash pour avoir la netteté réclamée et attendue. A ces éclairs, le papillon incommodé sursaute violement, replie ses ailes et nous, impitoyables prédateurs, bombardons sans relâche, jusqu’à ce que je cède, moi, à la nausée, à l’impression furtive et désagréable de n’être pas là où et comme il faut. Je vois reculer des enfants, des adultes venus là pour capter un instant de beauté fugace, et que ce déchainement de focales impressionne. Je me sens mal tout-à-coup et n’ai pas envie d’attendre l’alléchant lâcher de papillons annoncé et qui a attiré là comme des guêpes butineuses, l’aréopage de photographes, dont je suis. Beaucoup d’états d’âme me direz-vous pour quelques insectes à la vie incendiaire et si courte ? Justement, il est des moments de grâce, d’improbabilité dont il faut savoir goûter l’essence sans rien en retirer d’autre…..juste regarder, s’assoir……alors la prochaine fois, je vous l’assure, c’est ce que je ferais…….
A VOUS LA PAROLE