A très petits pas, elle avance, fragile et oscillante comme un oiseau. Minuscule silhouette que la vie a courbée, infléchissant son dos dans un arc que son imperméable vert anis épouse, docile. Sous ses lunettes épaisses, un regard un peu embué fait le va-et-vient entre la rue et le trottoir, où elle s’essaie à éviter les papiers gras et autres petites embûches dont la vie citadine parsème ses artères. Sa chevelure raréfiée, d’un beau blanc, colle à son crâne en boucles sages, soigneusement coiffées.

Ses jambes, deux baguettes dures et sèches comme du bambou, sont gainées de bas beiges, qui tirebouchonnent faute de relief, d’un peu de chair et de muscle où s’accrocher.

Et cependant, lorsque le regard s’arrête aux pieds, il découvre stupéfait deux escarpins hauts, la lanière coquine encerclant deux chevilles épaisses comme le poignet d’un nouveau né.

Deux escarpins en python, juchés sur 10 centimètres de talons fins, sur lesquels la petite grand-mère tangue parfois dangereusement ! Féminissimes, voire, sexy, vestiges inattendus d’une féminité qui refuse de céder le pas, c’est le cas de le dire !

J’ai emporté dans ma tête la vision de ces pas, crânement affirmés sous le ciel gris, comme un cri muet et éloquent de ce qui chez l’humain, s’obstine !

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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