Si je devais rêver un livre de voyage, qui donne à sentir, à palper la réalité invisible des lieux et des gens, je rêverais aux Chroniques Japonaises de Nicolas Bouvier, écrivain, photographe et voyageur impénitent. Ça peut paraître étrange de parler ici d’un auteur disparu depuis 1998, alors que fleurissent dans les librairies nombre d’ouvrages d’écrivains voyageurs. Mais justement, le paradoxe est qu’il ne suffit pas d’écrire pour être un écrivain ! Et qu’un carnet de bord habilement agrémenté de photos et de dessins ne fait pas forcément une œuvre, mais un témoignage, ce qui pour moi est différent.

La, nous avons la patte, la sensibilité, l’intelligence, la culture et l’humour, réunis dans une chronique anachronique si je puis dire, qui enchante par sa capacité à restituer par touches sensibles et colorées, bien plus que des paysages ou des coutumes. C’est l’âme d’un peuple à l’histoire tiraillée que Nicolas nous livre à sa façon, tout en ne prétendant jamais savoir, ni imposer. Entre l’attirance qu’il éprouve devant cette civilisation si particulière, dont il nous livre les spécificités mais aussi l’histoire qu’il connait bien, et un agacement amusé mais palpable à ses contradictions et une forme d’arrogance, c’est toute l’ambigüité d’une nation prise entre passé et futur qui se montre sous des facettes inattendues.

Et on voudrait que ce voyage là,  décalé et iconoclaste, qui ne tombe jamais dans les clichés attendus sur le théâtre No et autres kamikaseries ne se termine pas….. un plat de gourmet à consommer à petites bouchées gourmandes….

Les œuvres complètes de Nicolas Bouvier ont été réunies  en un beau volume paru aux éditions Gallimard, ne vous en privez pas !



Publié dans : Carnet de lecture
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