Un souffle d’air passe dans les champs, et soudain, je respire. Chemin de
campagne anonyme, bordé de ronces et de mûres, qui invitent à des agapes buissonnières. Un paysage intemporel, éternel cliché de senteurs chaudes, épaisses comme les futaies des arbres qui
bordent la rivière. C’est ici, cela pourrait être ailleurs, dans n’importe quel endroit que traverse une nationale déserte, juste un peu rongée de caravanes qui viennent de loin. Pas un site
grandiose, des lignes graphiques de meules posées en pente douce dans la blondeur. Des vols en piqués de tariers affamés et cette valse amoureuse et
dense de papillons flammés et tigrés.
Fleurs des champs éclatantes d’une beauté oubliée, dont le mauve et le blanc tachètent les talus. Odeurs éclatantes d’enfance, de poches maculées de fruits écrasés, de biscuits émiettés dont on cherchera la trace du bout des ongles. Envie de jeter les chaussures, de glisser pieds nus sur les pierres noires et moussues qui font chanter l’eau, de se jeter à flot de cascade, d’éclabousser et de rire.
Le sentier noir qui mène là, humide, boueux, obscurci de branches entrelacées garde le mystère des bois d’autrefois. Comme un petit air de conte qui vous oblige à ouvrir les yeux, à chercher à ras de terre les escargots et les limaces, à regarder scintiller sur des feuilles minuscules les perlettes d’argent d’une toile d’araignée. Un instant de grâce….
A VOUS LA PAROLE