Elle avait un petit air rieur, espiègle, cet éclat d’enfance dans les yeux. Avec son gobelet de café vide dans la main, elle avançait entre les allées pendant que sa grande sœur, ou cousine, chantait d’une voix aigrelette un chant nostalgique aux accents de l’est. Je notais au passage sa tenue soignée, ses cheveux peignés et retenus par une barrette, ses chaussures impeccables….au final, les regards mauvais qui s’attardaient sur sa figure y fustigeaient davantage son ethnie que sa personne d’enfant, que personne ne semblait voir.
Pourtant, elle avait en avançant une grâce de petit rat de ballet, son pied glissant pointé en avant jusqu’à la rangée suivante pendant qu’elle se tenait droite, sa nuque brune tendue, petit elfe sauvageon, drôle et grave. Je me disais qu’elle avait pour mendier une dignité incroyable. Nulle trace d’abdication chez cet être minuscule, le voyait-elle comme un jeu ?
Dans l’espace restreint du métro, la voix montait perçante et intrusive. Impossible de faire semblant de ne pas entendre, de ne pas être là et pourtant. La chaleur moite et épaisse augmentait l’agacement palpable des voyageurs empressés à descendre aux stations, à fuir l’image dérangeante de ces fillettes venues d’ailleurs et jetées là par une main adulte et dure. Où les attendait-on pour leur extorquer les quelques pièces récoltées là, je ne le sais…..mais j’avais le cœur serré à ce spectacle ancré dans l’histoire de l’humanité. En me disant qu’à côté des graffitis, cette misère ordinaire n’avait cessé de se montrer d’être palpable ,encore qu’elle ait dans notre pays une allure policée et proprette comparée aux ailleurs que nous ne voulons pas voir…et que nous acceptons si bien…

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés