Est-ce que la beauté, ça s’apprend ? Franchement, vous l’êtes-vous jamais demandé ? Je dis vous, je pourrais dire est–ce que je me le suis jamais demandé ? Oui, une fois, en cours de dessin, quand notre professeur d’arts plastiques nous avait imposé comme beau un dessin auquel, moi, je préférais un autre. J’avais compris alors que je n’avais pas le choix de mes sens ! De ce qui m ‘était immédiatement intelligible, préhensible ! Non, apparemment je me trompais et la vérité était ailleurs.
Ce débat fumeux n’a jamais cessé d’exister en arrière plan de la vie. Comme si l’enjeu, en plus d’être financier, était majeur. L’éducation à l’art, au beau, a ses écoles, ses temples et ses édiles. C’est un entonnoir dans le bout duquel il est difficile d’entrer, et plus encore de ne pas rester coincé quelque part. Un hachoir, une moulinette à talents qui broie, fragmente et trie le grain de l’ivraie.
L’art comme toutes les activités humaines serait-il donc consensuel ? C'est-à-dire que sa réalité subjective n’existerait que tant qu’elle est validée, non pas par une majorité de gens indifférents pour la plupart mais par un comité éligible et représentatif du plus grand nombre ? On s’est insurgés à juste titre du traitement tyrannique et du musèlement des artistes imposés par des régimes totalitaires. On se souvient de nombre de témoignages émanant de l’est notamment où les canons de la beauté, politiques avant tout, éclipsaient et éludaient toute créativité qui ne soit pas au service de l’idéologie présente. Le point commun des créations ainsi réalisées picturales, ou architecturales étant leur indéniable et écrasante laideur. Les avis sont quasi unanimes là-dessus mais ne sont –ils pas formatés tout autant, et reflétant, plus qu’un avis esthétique, un refus civilisationnel ? Est -ce que nos palais et peintures d'antan ,reflet des délires monarchistes ou républicains des gens au pouvoir étaient , sont objectivement beaux ?
Troublant n’est-ce pas ? Comme ces revues qui vendent et défendent de l’art en tranches sur papier glacé, ces expositions qui ne reçoivent que certains au détriment de tous les autres. Et plus troublant encore, comme ce facteur temps qui vient lentement, parfois après très longtemps, retirer l’étiquette comminatoire du laid par un estampillage de beauté ; une réhabilitation post mortem qui ne réconforte guère l’artiste dans sa tombe mais réjouit ses descendants…..
Cela pourrait donc faire un bon sujet de philosophie : le beau peut-il s’enseigner ? Pas oiseuse, la question !
En n’oubliant pas que la beauté de demain se construit à l’abri des consciences et des préjugés d’aujourd’hui…quand j’y pense, ça me donne un peu le vertige, et vous ?
PS : le lien peu évident avec la photo est pourtant éloquent pour moi ; cette photo a en effet été jugée , sur le forum où je l’avais mise, à la fois pleine de défauts
et magnifique……tout un programme pour la pensée critique
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