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J’aime beaucoup l’image de ces deux
papillons suspendus et cramponnés de toutes leurs forces à un épi ballotté par le vent. Ce qui m’amuse terriblement est le sérieux qu’ils affichent, (je verse pour cela dans l’anthropomorphisme
primaire, une fois n’est pas coutume !). Avec leurs masques darkvadoriens et leur cape ostentatoire, ils semblent jouer à tout prix un rôle pas franchement confortable, en gardant un air
impénétrable et digne. Cette image drolatique me fait irrésistiblement songer à certaines dimensions de la condition humaine, janusienne par
essence.
Chaque fois que je regarde un bureaucrate austère (là, je pêche par stéréotype, pourquoi pas moi ?), un enseignant infatué qui pérore, je ne peux en effet m’empêcher de m’imaginer le
dialogue qui se poursuit quelque part dans leur inconscient, du type « Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir me gratter, ça me démange, c’est dingue ! » ou « qu’est –ce qu’il
est moche ce mioche, je lui flanquerais bien un coup de pied au derrière », tandis que se déroule un verbiage prémâché et prédigéré qui ne demande même plus à être pensé. Cette distorsion
entre le mental et l’acte, à laquelle nous sommes tous soumis peu ou prou (et hop une formule toute faite !) est aussi indissociable de l’homme
que certains comportements le sont des autres animaux.
Je me demande à ce sujet dans quel contexte un animal, disons, un peu évolué quand même, se contraint lui-même à faire des trucs aussi insensés et pas si parfaitement utiles que supporter la
conversation d’une voisine infernale ou caresser le museau du chien du concierge qui sent horriblement mauvais (le chien, pas le concierge !) .
A la réflexion, je pense que c’est une réaction (un réflexe, un conditionnement social ? Au secours Jung, Lacan !) très très humaine.
La morale de l’histoire ? Méfiez-vous des effets induits de la chasse aux papillons !!!!
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !