Comme un cilice complice, sa tunique de soie écarlate entache les herbes. Petite fleur unique, froissant ses pétales dans le vent. Une tiédeur sourde, lourde, souffle son haleine chaude. Solitude embrumée des quais entre chien et loup, alors que le Rhône s’étale comme une nappe immobile à peine irisée d’argent.

Pas un oiseau ne passe, pas un passant !!! Je musarde seule, la veste collée au dos par une sueur fine, les cheveux emmêlés dans le cou. Je me demande pourquoi les gens fuient les quais muets et ténébreux sous la pluie, mélancoliquement imprégnés de spleen ! Une sensation rare, un clin d’œil à Tardi, à Léo Malet ! Là, sous l’arche bleu électrique du pont, pourrait se profiler une ombre perdue,  la cigarette à la bouche, le dessin fin des bas gainant d’interminables jambes, croisées sur une absence.

Là, rôde un parfum âcre et dur de mystère, d’attente……

L’huile ambrée des flots vient battre mollement la petite échancrure de sable qui s’offre en plagette minuscule les jours de soleil. Comme une plage normande sous le crachin, la terre blonde s’émancipe du Sud et prend des airs plus austères, pour mon plaisir. Voyage en tonalités suaves de gris et de brun, qu’irradie par moments une lumière nue, crue, hypothètique, charnue.

Et sur les bords du Rhône, vieux monsieur fatigué, qui lentement reprend son souffle, je me sens comme une herbe sauvage, ennuagée des brumes des hauts de Hurlevent…

 

 

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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