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Je retrouve mes instincts déchaînés, libertaires à cette première morsure chaude du printemps. Cette mâchoire de soleil qui me croque les joues, à quai. Sur les pavés secs, la lumière allume des
faisceaux d’or, bistre la pierre usée et inégale. Je suis assise dos au mur, le réflex à mes pieds.
Deux skins soudain s’arrêtent, me disent de ne pas rester là, que l’endroit est trop sale pour moi ! Etrange prévenance que je n’attendais pas, pendant qu’un photographe, armé d’un appareil minuscule, fait mine de cadrer le paysage, passant et repassant, pour que je note ses pas….
Les promeneurs se tiennent par la main, geste retrouvé maintenant que le froid ne les cantonne plus au fond des poches. Versatile, l’humain, qui règle ses humeurs sur le baromètre des jours !
Je me dis, encore et toujours, que je vivrais bien là, marchant au fil des heures au bord de l’eau sans m’ancrer nulle part. La marée des humeurs donnerait les départs et les retours.
Languide, le cours d’eau s’étire comme une maîtresse paresseuse au lever de son lit. Ses ondes encore boueuses frémissent d’un invisible courant.
Je sais et sens, que m’appellent et m’attirent ses bras noirs, puissantes passerelles où je pourrais flotter jusqu’à la mer….
Je sais qu’au soir venant, je serais debout, attentive à sentir l’haleine des anges voyageurs au milieu de la nuit.
Une cheftaine scoute court, l’air soucieux.
Une fillette s’accroche à la main de son père, comme à une bouée. J’ai l’impression de n’être plus qu’un regard, avide et cupide de ces sensations, tandis que la pointe du stylo court et vole sur les pages, comme animée de sa propre vie.
Un regard, une voix, intimes, et qui murmurent au diapason de l’eau, une vie douce et mutine, un espace de temps, fragile, comme une aile de papillon…………
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !