Sous la verrière du grand Palais, incongrues, des yourtes multicolores offrent un spectacle bigarré : dans toutes les langues de notre terre, des hommes et des femmes de toutes ethnies et races, se donnent, livrent en quelques mots leurs souvenirs, leurs rêves et leurs peurs….six milliards d’humains que l’équipe de Yann Artus Bertrand a filmés au hasard de pérégrinations partout sur le globe. Dans un langage parfois rudimentaire ou au contraire poétique, élaboré, enfiévré, avec pudeur ou extravagance, les mots se succèdent, chantent, colorent l’espace. Assis dans l’ombre, sur des bancs tout simples, le spectateur se sent en intimité totale, de plein pied avec ces inconnus aux multiples visages. Amusé, ému, bousculé, comme s’il regardait par la fenêtre un intérieur inconnu.

Etonné aussi de voir combien il y a convergence, transversalité de valeurs universellement défendues sous toutes les latitudes : la relation à la mère, à la famille, la volonté acharnée même des plus démunis à vouloir donner à leurs enfants une autre vie. Je n’ai entendu aucun de ces hommes et de ces femmes parmi les plus pauvres réclamer à corps et à cris une abondance, une richesse, le fameux rêve occidental supposé être le moteur et l’impulsion des mouvements migratoires ; mais je les ai tous entendus réclamer, demander pour leurs enfants le droit à l’instruction, à la culture !!!!

Bien sûr, on pourrait supposer les auteurs d’avoir trié et extrait des 6 années de tournage qui ont été nécessaires, les mots bien pensants. Pourtant, et comme ils l’ont expliqué eux-mêmes en répondant sur place aux questions des visiteurs, ils se sont forcés à être exhaustifs et intègres, tout en admettant bien sur une subjectivité de choix émotionnelle. La formidable confiance montrée par les interviewés n’aurait su se donner sans une empathie, une chaleur montrée par les journalistes et caméramans, c’est une évidence que connaissent bien les photographes qui font du nu et du portrait.  Empathie et chaleur qui a eu parfois le plus grand mal à s’exprimer face à certains témoignages comme celui de ce rwandais avouant tranquillement le massacre à la machette d’une centaine de ses semblables….ou celui, plus anodin mais dérangeant de ce roumain avouant avoir rêvé enfant  d’avoir un petit frère à torturer !!! Fantasmatique, fragile et forte, cette tapisserie humaine dresse un paysage contrasté et univoque à la fois…..celui d’un monde qui, en deçà des guerres, des conflits, des famines et de conditions de vie parfois épouvantables (combien j‘ai été touchée de ce témoignage d’une paysanne chinoise du Yunan, disant de façon très simple après avoir écouté la question sur les souvenirs, moi, je n’ai pas de souvenirs heureux, aucun !), garde ancré un espoir, une vitalité que rien n’abat !

 

 

 C’est le message que je retiens de ces moments entre rires et larmes, de ce voyage immobile qui pour une fois, au lieu de nous montrer de fantastiques paysages, nous a refait découvrir l’humain…….simplement….. 

 

6 milliards d’autres – Grand Palais- jusqu’au 12 février 2009

 http://www.6milliardsdautres.org/

 

 

Publié dans : Visions d'art
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