Je m’interroge beaucoup en ce moment sur le rapport que l’homme a à la nature. Et surtout aux discours et à la vision qui en sont rendus par nos différentes instances scientifiques, politiques  écologistes et associatives.

Bien peu d’entre nous semblent en effet capables de se réclamer simplement d’un élément dont nous sommes issus, qui est notre écrin naturel et dont nous ne sommes pas que les fils indignes, tout juste bons à savourer sans rendre, à détériorer, à détruire.  Nous en faisons partie. Pire, beaucoup d’écologistes revendiqués appliquent à l’espèce humaine ce que nous avons appliqué avec un ostracisme révoltant à certaines espèces animales : L’homme, considéré comme un prédateur redoutable pour tous, serait alors un trublion, un parasite goulu à éliminer, à circonscrire, comme nous l’avons fait pour les loups et les ours et tant d’autres espèces réputées nuisibles.

Certes, nous avons une spécificité redoutable, celle d’outrepasser nos besoins par nos désirs, là où l’animal, intelligent ou non, reste cantonné à ses pulsions, à ses urgences vitales en limitant sa consommation, ce que nous ne savons plus faire. Mais, la vision d’une mère nature douce, docile et juste, est un rêve et un leurre sentimental ; la nature est un cercle, un éco système qui trouve son équilibre dans le chaos, dans un cycle sans fin de vie et de mort, dans une chaine alimentaire où ne règne aucun état d’âme. Où les espèces, ainsi que l’a démontré Darwin, évoluent sans cesse, s’adaptent et finissent par disparaitre au profit d’autres espèces mieux adaptées. Il est indéniable que nous avons par des décisions irresponsables interféré avec cette loi et accéléré le cours des choses, mais qui peut aujourd’hui juger de l’irrémédiable ? Pourquoi entonner les trompettes de l’apocalypse plutôt que d’en  appeler à la raison, à la connaissance et à l’action toujours possible ?

Pas plus que nous n’avons le droit d’exclure de notre vision de la nature certaines espèces de mauvaise réputation, chauve-souris, vautours, mais aussi tout ce monde quasi invisible et souvent jugé répugnant des insectes etc, nous ne pouvons prétendre à assigner à l’homme une place à part.  Pas plus à un sommet qu’à une base, il existe là, c’est tout, et ne doit qu’à son manque de réflexion un malaise aussi évident à ne pas se sentir à sa place.

Puis, parler d’adaptation animale parfaite à la nature est juste si on s’en tient aux considérations anatomiques et physiologiques ; mais c’est une vision courte de l’esprit que de considérer que la vie animale en nature est un paradis. C’est oublier, par une vision rousseauiste primaire, l’extrême précarité de vie des proies et des prédateurs qui interchangent  ces rôles tout au long de leur vie ; C’est oublier par manque d’humilité sans doute, qu’à l’échelle de l’histoire du monde, notre espèce, dont nous ignorons toujours la provenance véritable, cédera sans doute ou peut-être la place à une  autre forme de vie…demain …..

 

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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