Partager l'article ! Les Robinsons....: Enfant, j’ai gardé d’elle une couleur rouge et noire ; Ses cheveux d’ébène si dissemblables des miens et le ...
Enfant, j’ai gardé d’elle une couleur rouge et noire ; Ses cheveux d’ébène si dissemblables des miens et le pourpre de la robe de velours qu’elle avait cousue de ses mains et qui, longtemps, resta pour moi un canon de beauté. Longtemps, j’ai gardé d’elle la saveur de certains plats, le gâteau de pain d’épices dont je n’ai jamais retrouvé le goût, mais aussi ce parfum de tristesse qui vous empoigne le cœur au seuil de certaines maisons ; Tant l’homme diffuse et émet autour de lui son univers intérieur, qu'il recrée inlassablement, partout où il échoue. J’ai regardé hier un film, « seul au monde », énième variation sur le thème de Robinson, guère plus intéressante que les autres à un détail près, crucial. Dans le film, le héros perdu ne trouve pas de Vendredi salvateur, il se le crée ! Personnifiant sur un ballon rescapé du naufrage un visage humain tracé avec son propre sang, et qu’il va baptiser Wilson. Qui devient alors son alter égo, un double, un ami, qui, en lui restituant une parole imaginaire, l’empêche de sombrer dans la folie, et dont la perte le fera de nouveau sombrer dans un naufrage cette fois mental. Cela m’a rappelé que petite, ma solitude était telle que, moi, je parlais aux fleurs !!!! Vice caché, monomamie qui m ‘aurait conduite chez un psy si elle avait été découverte et que j’ai gardée dans le secret des champs. Les coquelicots et les aubépines étaient mes amies à moi, secrètes , précieuses.
J’aime cette extraordinaire puissance de l’esprit humain capable de puiser en lui-même pour créer ses portes, son monde, se sortir de tout ; J’aime aussi sa faiblesse ; ce qui fait de lui, quoi qu’il vive, un être qui a besoin d’un double en miroir, qui ne sait et ne peut jamais assumer une solitude sans souffrance, et qui, quelque part, mène une quête sans fin comme s’il lui manquait un bout de lui-même pour être achevé ; Illusion sans doute, fantasmatique et fragile mais tellement marquée de sensibilité et d’intelligence à lui-même ; car qui pourrait douter que le plus beau cadeau qu’on puisse trouver, c’est cela : la qualité d’un échange où, comme une vague venant chercher dans un ressac la crête des roches, un esprit vient marquer son empreinte et vous laisser la sienne, durablement…..
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !