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Claude Lévi Strauss a 100 ans aujourd’hui ; Au delà de l’âge remarqué, il faut lire et relire les ouvrages très accessibles de ce philosophe, anthropologue et ethnologue français, grand redécouvreur des peuples oubliés, des ethnies restées jusque là invisibles aux yeux du monde, et qu’il s’est efforcé de comprendre dans leurs mœurs et pratiques culturelles et religieuses.
Bien sur, avec le recul, on peut se demander s’il n’aurait pas fallu laisser définitivement dans l’ombre ces tribus restées certes primitives, mais à l’abri des désordres civilisationnels. L’homme moderne n’étant guère capable d’admirer sans prendre, de tolérer sans vouloir contraindre à changer des hommes restés libres de leur vie et de leur éco système.
Ce qu’il faut retenir de l’homme, est son exemplaire courage et audace à avoir franchi seul, à une époque où les expéditions recelaient des dangers très palpables, des territoires inexplorés et hostiles à l’homme blanc inexpérimenté.
Mais c’est surtout le regard humain, et profondément sensible de l’homme et du savant, qui a révolutionné à sa façon l’anthropologie, jusque là cantonnée dans un registre sec et descriptif.
Dans son œuvre phare, Tristes Tropiques, publiée en 1955, après sa découverte des indiens Bororos, l’auteur ne se contente pas d’apporter force détails sur la vie et la structure de cette tribu. Il comprend, tout premier de son espèce, qu’il convient alors de se mettre dans une autre unité spatio temporelle, de se déshabiller l’âme de sa peau d’occidental pour mieux comprendre et restituer.
Autant carnet de voyage que rapport détaillé, son livre ne fait pas l’impasse sur ses impressions et ressentis, donnant un caractère très humain et sensitif à ce qui aurait pu être un énième traité sec. Sa célèbre phrase d’introduction « je hais les voyages et les explorateurs » doit être entendue comme un refus de l’exotisme bon marché et du sensationnel, mais aussi de la recherche des stéréotypes folkloriques auxquels se complaisent les occidentaux face à ce qui les dépasse.
Mais Lévi-Strauss va bien au-delà en dénonçant l’impact destructeur de l’homme civilisé sur ces peuples restés vierges, et qui selon lui, montre surtout « notre ordure lancée au visage de l'humanité » !
Un constat désabusé, d'où le titre, mais aussi un manifeste de respect et de tolérance affichée.
Un très grand monsieur, donc, à découvrir ou redécouvrir absolument.
Photographe et écrivain,
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