Elle était posée comme une virgule sur l’herbe couchée, jonchée de feuilles froissées à l’or éteint. Une ombre, un profil, une ligne épurée dessinant un arc-en-ciel de vie depuis la racine des cheveux déployés en drapeau noir, jusqu’à la pointe de ses pieds nus. Autour d’elle, l’herbe accueillait aussi des promeneurs gras et fatigués, des bambins triant infatigablement des glands et des marrons, et ornant leurs doigts des petites cupules fragiles, des amoureux empressés à se serrer, à rester enlacés, immobiles et clos sur eux-mêmes.  L’air chaud habillait son corps et ses mains, son regard habitait un ailleurs , un toujours plus loin, affleurait à la crête des eaux vertes et pâles, pailletées d’argent. Elle songeait aux bateaux de rêves qu’elle avait chevauchés tout ce temps, ces figures dessinées au milieu des nuages, ces traces que seul son œil voyait sur les chemins. Tout un monde parallèle, beau et incertain que son regard traquait et inventait tout à la fois. Elle se sentait riche de ça, elle, dont les mains ne savaient rien tenir…

Le vent lui murmurait au visage, bousculait ses paupières pour les lui faire ouvrir sur la réalité des temps, sur les heures coulant comme du vide ; Elle luttait, à peine, sachant le combat gagné et perdu d’avance, elle, qui ne voulait vivre que sur un fil tendu au-dessus de tout et de rien.

Elle souriait à l’inconnu, au passant insolent, à l’enfant joueur, à l’importun qui venait trop près déverser des flots de musique qui dérangeait son chant intérieur ; Quelle importance que tout cela ?

Elle était  assise là, vivante, vibrante, aussi compacte et pleine qu’une montagne, aussi légère et creuse qu’un songe. Elle n’en souhaitait  pas la fin.  Le soleil taquinait de ses rayons durs sa forme allongée, cette étoile de mer tracée en pleine terre, ouvrait sa bouche sur un soupir, une soif, de ses bras d’airain ; Elle se tendait aux parfums lourds, à la terre mouillée, aux flots bleus, elle se laissait partir. Alors, d’un bras puissant, amoureux et impérial, le soleil la prit et l’emporta soudain, haut, loin, éthérée et saoulée pour qu’elle ne puisse plus toucher terre, ne jamais y revenir.

Perdue et délitée dans les nuages, les longs fils ouatés courant à fleur de ciel, elle pouvait devenir aussi grande et large qu’une terre, une planète mère, oscillant  à jamais dans les parcours du vent…..

Publié dans : Nouvelles
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