Dans les majestueux couloirs de l’hôtel de ville de Lyon, nous formons un troupeau docile et silencieux. Les moquettes lourdes et ancestrales feutrent notre piétinement sourd,  les gardiens du sérail, postés aux coins stratégiques, statues de sel plongées dans l’ennui, veillent à ce qu’aucun quidam ne  se hasarde à dépasser les cordons qui protègent meubles et tapis ; Que de luxe déployé en ces lieux ; tentures lourdes, vases de Chine hauts comme un enfant de 10 ans, marbre et dorures  partant à l’assaut des murs immenses, écrasent l’humble républicain déambulateur de leurs ors,  de leurs motifs entrelacés jusqu’au vertige ! La foule est muette, pétrifiée d’admiration, certains posent souriants devant les hauts lustres de cristal dégoulinant  de lumière. Amusante touche d’ingénuité, le ballon jaune canari d’un enfant, s’échappe de ses mains et vient se frotter aux lambris ancestraux de la salle des archives….

Dans la cour pavée, un orchestre joue vivement les 4 saisons de Vivaldi, amusant rappel d’une époque royaliste dans ces lieux soi-disant républicains ! Et je m’amuse une fois de plus de la fascination exercée sur la foule par ces vestiges d’ancien régime, ce faste luxueux et ostentatoire, dont la beauté intrinsèque pose question….. ! Je crois même voir dans certains regards féminins alanguis, comme une projection de silhouettes poudrées et perruquées, glissant dans des frémissements d’alcôve  sur les riches tapis enguirlandés de roses, pendant que le soleil de septembre nimbe les têtes de sa somptueuse moiteur dorée…. 

Lyon, journées du Patrimoine - Septembre 2008

 



Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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