Vu hier, aux actualités, un document incroyable sur un quartier de Kaboul, où survivent dans d’effroyables conditions d’hygiène et de misère, 3 à 400 drogués sidaïques, aux yeux de vertige et d’ombre. Ombres oui, c’est le mot, fugitives et  déambulant fantomatiquement dans les décombres d’un centre culturel, au milieu des gravats et des ordures. Vision de cour des miracle, hallucinante et apocalyptique, aux antipodes de nos petites misères quotidiennes ; ce chant ordinaire et médiocre de nos tracasseries et maux de vivre qui s’assoient pourtant sur un confort matériel et une sécurité morale qui doivent sembler à ces créatures un véritable paradis ; Ce genre d’images, nous fait faire un grand écart moral et intellectuel, vertigineux ; ca fait mal aux tendons de l'âme , ça fait grincer les ligaments du cœur, si je puis dire, mais pour quel but et quel résultat ?

Au milieu des infos de crises et de krach boursier, de cherté de vie et de montée du chômage, comment ne pas penser que ces visions d’ailleurs, cauchemardesques, mais fugitives, et tellement éloignées de nous, sont une forme de diversion malsaine, d’incitation implicite à se sentir soudain  mieux, à prendre conscience qu’après tout on n’est pas si mal, plutôt qu’une invite véritable à dénoncer une incongruité monstrueuse, stigmate gênant et évident de la misère quotidienne de ces terres de dévastation.

Comme à chaque fois, le reportage, spectaculaire, ne donne aucune ouverture, aucune piste à un possiblement mieux, comme si, après avoir ouvert les yeux, il n’y avait plus qu’à accepter et à se taire…..

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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