Il y a bien des manières d’aborder la terre philosophique ; Par exemple, en faisant porter sur les épaules des impétrants le poids accablant d’un savoir encyclopédique, des milliers  de vieux grimoires écrasants. En faisant ingurgiter à la louche des théories toutes faites,et figées dans le moule.

Une autre, bien plus intéressante, consiste à mettre en perspective ce que l’on croit savoir de nos penseurs, en le remettant dans un contexte historique et social. Autrement dit, dépoussiérer les savoirs et les idées, porter un autre regard.

Dans le premier tome de sa  contre histoire  de la philosophie, « Les sagesses antiques », Michel Onfray, bien connu pour son prosélytisme hédoniste et libertin, nous invite à ce voyage ; En s’appuyant sur les anecdotes innombrables qui nous ont été restituées sur les penseurs anciens, il nous propose une relecture de la philosophie grecque, où l’on découvre que le combat d’idées a tojours été compliqué de notions de pouvoir et d’argent, ce qui n’est guère étonnant. Mais aussi que nos sages, plus humains que penseurs, se sont livrés  parfois à des campagnes de diffamation, voire à des exactions peu glorieuses, pour éliminer leurs concurrents ! Et que le choix de la postérité, qui a consacré des auteurs au détriment de beaucoup d'autres, est loin de reposer sur les seuls talents et originalité des auteurs ! 

Ainsi, découvre–t’on au fil des pages que l’orgueilleux Platon, autocratique et tyran, aurait commandité ni plus ni moins l’autodafé des œuvres d’un philosophe coupable de lui faire de l’ombre et de ne pas partager ses idées, ou d'avoir une ascendance plébéienne, tâche insupportable aux yeux de l'aristocratique penseur ! Attitude anti-philosophique au possible et scandaleuse ; Ou qu’il aurait délibérément omis dans ses dialogues de citer des auteurs renommés, ou les aurait camouflés sous des pesudonymes, en se gardant soigneusement de restituer la totalité de leurs pensées. Plus que la vérité de ce postulat, dont  le béotien et le non inité  ne peuvent mesurer les fondements, cette anecdote doit nous inciter à mettre en doute, à nous questionner, à ne pas occulter l’humain sous le penseur, bref à relativiser plutôt que d’adhérer passivement à une théorie, un sytème de pensées, plutôt que d’aduler et de croire.

Bien sûr, dans ces pages, Michel Onfray ne manque pas de se livrer à son dada favori, desceller de leur piedestal les statues des penseurs consacrés, pré chrétiens (Platon, Aristote), coupables d’avoir enfermé le corps et l’esprit. Mais, son livre a le mérite de nous inciter à réfléchir, à chercher, mieux, il redonne à la philosophie sa dimension vivante et pluriculturelle, son implication évidente dans la vie de tous les jours.

Autre qualité de ce livre, à prendre avec quelques pincettes, son extrême lisibilité, son accessibilité à tout lecteur non féru de philosophie ; Par le  biais des anecdotes narrées, et qui sont étonnantes et amusantes à lire (Voir Diogène, Epicure,Eudoxe !), il pose  en quelques lignes claires et précises les théories défendues par ces anciens. Survol bref, mais complet et qui nous rend intéressé et curieux d’en savoir plus…. et surtout de voyager autrement sur ces terres si particulières ! Un livre dérangeant et curieux à découvrir.....

 

Michel Onfray – Les Sagesses Antiques - Grasset

Publié dans : Carnet de lecture
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