Partager l'article ! Temps mort: Une fille à moitié nue distribue des prospectus Place Bellecour. Il y a même un faux Obélix, maigre à faire peur dans son panta ...
Une fille à moitié nue distribue des prospectus Place Bellecour. Il y a même un faux Obélix, maigre à faire peur dans son pantalon à
rayures, avec sur sa tête, des tresses raides comme des mats.
Sur les berges du Rhône, un tout petit enfant aux cheveux longs court derrière un pigeon. Je voudrais courir avec lui…
Le fleuve s’agite et gronde sous la poussée d’un vent de tempête qui cogne contre les piliers des ponts. Les passants s’éloignent. Et moi, je me demande ce que je fais là. Dans ce coin particulier, devenu une terre d’asile, seul lieu qui me parle par ces temps agités. Où je me sens chez moi. Pourquoi aurais-je peur de la tempête ? Moi, c’est dans ma tête que mugissent des vagues !
Au loin, un tam tam joue un rythme venu d’ailleurs.
Dans mes oreilles, écorchée, écorchante, la voix de Deep Purple scande et feule Soldier of Fortune. Je me suis rarement sentie aussi proche de ces mots là, petite Don Quichotte qui pourfend des moulins durs avec ses faibles mots.
Le fleuve prend des teintes sourdes, une couleur de colère, de petites vaguelettes d’écume cavalent et lèchent les berges de
leurs mille langues affûtées. Moi, je mets mon nez dans l’herbe, j’y frotte mes cheveux pour qu’ils prennent ce parfum là, frais et lourd, un peu saumâtre, ce parfum né du fleuve tout près, empli
de sa vie souterraine.
Le vent s’engouffre dans ma chemise de voile, mes manches claquent, se plissent, se chiffonnent. Des cheveux pleins la bouche, je lutte pour écrire encore, plaquant les pages pour
qu’elles ne s’arrachent pas. J’aime bien cette image….
Et, soudain, je pars en goguette, en voyage, sur le fil des eaux bondissantes, luttant pour que le vent m’emporte, jusqu’au bout de la nuit….
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !