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Dans le bassin extérieur de la piscine où je traîne mes après-midi d’écriture, deux caïds font la loi. 17 ans, 18 ans
peut-être. Entre leurs mains dures, deux garçons de 10 ans environ, qu’ils noient et asphyxient en leur plongeant la tête dans l’eau, 100 fois, 200 fois, sans leur laisser le temps de reprendre leur souffle. Apposant leurs mains croisées comme un étau sur les nuques, ricanant
aux grimaces et à l’expression d’épuisement et de souffrance qui grandit sur les visages.
En face d’eux, juste en face, perchés sur leurs hauts sièges de métal, deux maîtres nageurs. Soignant leur bronzage. Devisant paisiblement derrière leurs lunettes noires, totalement indifférents à tout.
Dans l’eau, les jeunes garçons, d’abord silencieux, soumis, se débattent, suffoquent et supplient ; Aucun répit ne leur est accordé par leurs tortionnaires en herbe .Tout autour, le cercle de baigneurs s’élargit, les yeux se portent au loin.
J’essaie au plus près de capter le regard des petites victimes. Consentantes à un jeu, rituel de passage dangereux qui les fera entrer dans la cour des grands ? Petits frères maltraités par habitude ou par ennui ? Impossible de savoir et mon malaise grandit. Est-ce un jeu jusqu’auboutiste, s’agit-il d’autre chose ? Mon ventre de maman se durcit, là où un danger imminent touchant ma progéniture a toujours frappé, là où je l’ai portée. J’ai peine à respirer moi aussi, dans ces eaux où nul calme ne règne !
Echo d’une lâcheté ordinaire, ou d’une incompréhension à la vie, j’espère un signe du destin, qui me dira que faire.
En attendant, je ne fais rien, couchant ces mots emplis de malaise, sur la feuille que mes cheveux détrempent.
Un jour d’été ordinaire, dans la banlieue de Villeurbanne, que le soleil étreint….
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !