Je me suis promenée longuement de Saint Jean à Bellecour, en passant par les berges  de la Saône. Je suis devenue une marcheuse qui cherche le soleil, un peu comme Jacques Monod, le marcheur du désert. Moi, je marche dans un désert autre, qui est la ville, avec ses immeubles vacants  aux façades travaillées, ses rues absolument vides le Dimanche. Je ne sais combien de kilomètres ont été accomplis là, en un an, sur ces pavés secs ou humides. Un rayon de soleil balaie mes épaules, j’ai une envie de gâteau et de boisson fraîche, à force de brûler ainsi mes pieds sur la chaussée. L’air est chaud et épais, comme un manteau, il ouate et enveloppe. Deux motos très puissantes  passent à côté de moi dans un fracas grondant, soulevant en moi une envie farouche d’envolées de terre rouge giclant sous des roues en terre lointaine. Un petit garçon lance une montgolfière minuscule en pleine place Bellecour ; Il renverse sa tête avec un air émerveillé, suivant le vol incertain du fragile habitacle de papier et de fil. Je sais bien ce qu’il voit et ce qu’il imagine, embarqué entre ciel et terre, survolant les nappes vertes de l’Amazonie sur les traces d’un Jules Verne !

Il fait  un temps à rêver, un temps à torpeur moelleuse, état dangereux et sucré, où il faut bien se garder de s’installer trop longtemps. J’offre mon visage au faisceau d’or qui troue soudain la couche grise du ciel, comme l’appel d’un  demain où je m’embarquerais encore, marcheuse du désert…..


Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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