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« Il y a des idées qui sont comme des attentats ». Cette phrase de Milan Kundera, glanée au milieu de mes lectures , me fait frémir par sa redoutable justesse. Elle rejoint au-delà du temps, la préoccupation historique des politiques et des économes, maîtres de pouvoir et de temporalité et qui ont toujours eu peur si justement de l’homme qui pense et plus encore, de l’homme qui dit.
Elle dit aussi avec une précision de flèche, le pouvoir du mot pensé, exprimé, et donné. On a dit souvent que l’être humain n’existe que dans le miroir inversé de son âme vue au travers d’autrui. Autrement dit, que le processus identitaire, ponctionné par mimétisme dans le regard d’une mère, d’un père pris d’amour pour leur enfant, ouvrait le champs à d’autres regards, d’autres imprégnations affectives , supports et tuteurs de l’homme, qui plus que tout autre animal terrien, a besoin de communication et d’altérité ; mais je crois que l’on oublie beaucoup à quel point cette imprégnation est double : Affective oui, c’est le soubassement de l’humanité, ce qui donne la parole et le geste , l’équilibre à un enfant ; mais aussi intellectuelle, en profondeur.
Celui qui travaille son corps avec acharnement, l’intoxiquant d’endomorphines et d’adrénaline pur jus, sait qu’il paiera cette addiction forcenée d’une ruine des muscles et tendons lorsqu’il ne sera plus capable de s’y adonner ; Brisé et rompu, mais capable d’imaginer autre chose ; De laisser son corps revenir à un repos. Mais, celui dont on éveille l’esprit, par une parole qui fait mouche, qui allume ce minuscule incendie neuronal prémisse de fourmillement, de curiosité, de recherches de sens, ne fera plus jamais de retour en arrière ; Quand la machine à penser est lancée, elle ne s’arrête plus. Quand elle se sent trahie, elle casse!
Chacun de nous a dans sa mémoire, un livre, une personne, acteur de cette révolution là. Chacun de nous sait intuitivement le pouvoir des idées et des mots ; Il n’y a pas de séducteur plus habile et plus chevronné, de sirène plus tentante et manipulatrice, parfois malgré soi, qu’un penseur qui sait parler aux foules ! Notre mémoire collective frémit encore de la parole de dictateurs fous, prônant comme des démiurges, des chamans, une parole aliénante mais bue comme un nectar par une foule bercée et grisée ; Chacun de nous peut ainsi devenir le jouet, la captation d’une idée, d’un système de pensées, qui, touchant soudainement le point névralgique d’un moi malmené, ou en recherche d’autre chose, semble nous indiquer un chemin, un port à atteindre à tout prix .
Aux côtés de l’amour, bouleversement quasi inégalé qui conduit l’être humain à relever tous les défis et à subir tous les naufrages, l’idée, la conviction, la doctrine, est l’autre séisme total qui investit l’être et le chamboule, mettant en branle dangereusement toutes les fondations que l’on croyait assises ; Ce n’est pas forcément un mal, d’ailleurs, c’est aussi souvent l’occasion de naitre enfin à l’âge adulte, par un dépouillement un déshabillement de l’esprit qui retire aussi faux semblants, idées toutes faites, héritage malvenu et formatage du milieu familial, éducatif, jamais neutre. Souvent trop normatif et aliénant ;
Mais cela revient sans doute à dire, que toute idée et toute parole, est manipulatrice par essence, séductrice et captatrice de l’âme d’autrui dans un jeu incessant et un ballet de résonances et d’échanges qui parfois enchante, habille souvent, et prend, toujours…..
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !