Vu chez des amis APOCALYPTO, un film de Mel Gibson, qui met en scène le combat éperdu mené par un indien pour échapper à l’esclavage imposé par les Mayas sanguinaires. Le sujet est louable, et le héros, dans la foulée des archétypes dont Gibson raffole, montre un courage jusqu’auboutiste, une résistance hors norme et une remarquable intelligence pour répondre à la barbarie et l’acharnement de ses persécuteurs. En flux tendu, le film nous emporte sans une seconde de répit de la capture initiale perpétrée dans une sauvagerie sanglante à la victoire relative du héros (je ne vous raconte pas la fin, seul coup de théâtre relatif d’un film redondant de clichés), en passant par d’innombrables scènes de combats, tortures, sacrifices rituels etc.
Pourquoi, me direz-vous, parler d’un film qui visiblement ne m’a pas soulevée d’enthousiasme ? Justement, parce qu’il illustre parfaitement pour moi tout ce que je reproche à ce cinéma d’action regorgeant d’effets spectaculaires. Tout le pouvoir du cinéma, comme de la littérature d’ailleurs, et des arts en général, repose sur sa capacité à suggérer, interpeller, émouvoir, et surtout à éveiller l’imaginaire. La suggestion, avec ce qu’elle ouvre de portes multiples sur les différentes possibilités d’action et de réactions offertes au héros pour s’en sortir, est l’arme la plus puissante pour visser l’œil à l’écran et le spectateur dans son fauteuil !
Montrer en gros plan le sacrifice rituel bien connu des Mayas, qui ouvraient la poitrine de leurs victimes pour en extraire le cœur palpitant à l’aide d’un couteau d’obsidienne, provoque une stupeur écœurée. Une nausée. Un sentiment d’horreur. Assommé sous le choc, le spectateur pantèle jusqu’au deuxième et troisième sacrifice montré à l’instar et qui, du coup, le laisse dans une torpeur molle. ô combien l’image du décor, l’ombre du couteau levé, l’ardeur de la foule surexcitée attendant la résurrection du soleil, aurait été plus convaincante, mettant le spectateur dans une anticipation angoissée, un vertige, une peur plantée au creux de l’estomac, une attente ! Mais la, le spectateur, comme dans les petits charriots téléguidés des parcs d’attractions de Disney, est promené passivement d’une énucléation à un égorgement, d’une éventration à une morsure de serpent à une cadence vertigineuse qui finit par le transformer en marionnette sans fils qui ne réagit plus à aucune image.
Le cinéma choc, le film d’action réalisé sans ambition scénaristique, sans ce ressort d’émotion et de suspense qui caresse l’adrénaline, est au cinéma tout court ce que la pornographie est à l’érotisme. Là où il devrait éveiller, il éteint, là où il devrait combler, il gave, là où il devrait susciter, il écœure ! Tant il est vrai que chez l’humain, l’imagination est vraiment au pouvoir !
A VOUS LA PAROLE