Je me demande depuis toujours pourquoi l'humain est au final plus apte à endurer les souffrances du corps que les souffrances psychiques. Sommes-nous ainsi faits que les cicatrices de la chair, de la peau sont des marques moins sensibles que celles de l'esprit? Qu'est-ce qui, dans nos synapses, incrémente ces souvenirs refoulés dont nous ne savons ni nous défaire ni moins souffrir?

Pourquoi le corps prend-t'il le relais par un processus inconscient, lorsque l'esprit achoppe à surmonter les obstacles; Lorsque j'étais adolescente, j'ai connu ainsi les avanies de l'anorexie, sans qu'aucun mot ne soit posé la-dessus, sans en connaitre les rouages; Le challenge pour moi était simple; je refusais l'identification à une image de la féminité synonyme dans mon esprit d'asservissement, de faiblesse et de domination à un monde masculin exécré. Un féminisme primaire, mais exacerbé, conduisant à la recheche d'un état androgyne, l'effacement des formes trop éloquentes, et aussi l'éradication de l'expression et de la suscitation d'un désir chez autrui!
Autrement dit, mon corps se punissait lui-même de ce que l'esprit refusait de voir, d'entendre et surtout de recevoir du monde!
Il s'est largement rattrapé depuis, signe que l'humain peut toujours et à n'importe quel moment se reprendre et se restaurer en partie. Il n'empêche que depuis, ayant largement observé autour de moi la récurrence de ces pratiques ou d'autres similaires, la transcendance des pulsions et des colères par une pratique de sports à outrance et à haut risque, la recherche de sensations extrêmes par tous moyens, je souscris  à une vision complète et anarchique de l'être humain, entier et morcelé à la fois. Un humain où le corps, chimiquement, prend le relais de ce que "l'esprit" n'endure pas, ou en subit au contraire les contrecoups, déclenchant des maladies en réponse au stress et à la souffrance, pulsant des jets d'adrénaline et d'endomorphine aux pressions et chocs émotionnels variés. Transférant dans la violence physique, la frénésie sexuelle, l'accoutumance aux substances chimiques, médicamenteuses, aux tics et aux tocs, l'impuissance à gérer un état, une situation.

Rebellion de qui contre qui, de quoi contre quoi, auto defense auto rejet?
Comme si la rage au coeur ne pouvait que se dissoudre dans la rage du corps.............
Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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