Qui peut mettre des mots sur une douleur ? Sur ce que l’on sent imploser doucement ou très violemment au contraire, sur ce qui pose en vous un poids, un plomb, une pierre, quelque chose qui vous empêche de respirer ?

Qui vous jette à terre dans des accès de désespoir tels que vous tombez à genoux en hurlant, comme si votre tête allait se fracasser ? Qui peut dire où est ce seuil niché en vous qui vous porte au–delà de toute limite ?

Et pourtant, quand on ne porte pas sur son visage ces stigmates là, quand on sait se remettre debout parce qu’une vie vous attend, l’espoir porté par des enfants, qui ont confiance en vous, quand on n’oublie pas dans son mal être de tendre sa main à celui, ceux qui en ont besoin, alors on est pris et vu comme quelqu’un qui ne souffre pas, sur qui la douleur passe légère, sans mettre de voiles .;

En ais–je entendu de ces mots assassins en quittant le seuil d’une maison chassée par le naufrage d’une famille, d’un mariage, en ais-je entendu de ces mots, en quittant mes enfants sur un sourire pour qu’ils ne souffrent pas, pour que cessent les cris, pour sauver la miraculeuse beauté de leur enfance, qu’ils ne restent pas sur une laideur ; Moi qui suis partie avec une plaie au cœur qui ne se refermera jamais et que l’on prend pour une femme dure, insensible, sèche.  

En ais- je entendu de ces mots parce que je réponds par un sourire, l’excentricité d’une nature qui veut rester passionnelle jusqu’au bout, malgré la maladie qui est la, malgré la solitude, malgré tout ! Parce que mon cerveau comme une petite machine huilée continue absurdement à fonctionner, à rationaliser, à essayer de comprendre, à pondre des mots, unique sauvegarde d'un être hypersensible sur lequel on marche inlassablement.

En ais-je entendu de ces mots, de la bouche même de celui que j’aime, pour qui j’ai tout brisé, tout quitté sans l’ombre d’un murmure, pour qui j’ai tout accepté même l’inacceptable, sans pouvoir m’empêcher c’est vrai de donner les débordements de ce chagrin , de cette frustration à lui si grande , revers et emblème a la foi de l’immensité  de sentiments  entiers, purs, exclusifs, trop forts,  refusés dans leur dimension de souffrance s’ils sont acceptés et pris dans leur dimension de beauté…………..

Alors, oui, je pose aujourd’hui sur cette terre mes deux genoux , ployée par terre comme une fleur coupée, comme un oiseau tombé, en sachant que cette douleur là, ma douleur à moi,  ne pourra jamais jamais être  prise, je ne veux que la transmuer par des mots des actes, une beauté cherchée à tout prix. Un crédo de vie jusqu’auboutiste , extrémiste, un refus de la nuit qui envahit mon être, un refus qui me portera à toutes extrémités, parce que je ne veux pas fléchir devant l’absurdité de la souffrance, je ne le veux pas !

Moi qui petite fille, escaladait la fenêtre de ma chambre pour aller quérir au dehors l’air qu’on me refusait dedans !  Moi qui n ‘ai cessé depuis de quêter au cœur des nuits douces, cette respiration intime qui pose sur mes souffrances un voile d’anesthésie………….. en attendant que le jour se lève ......

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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