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Le jour se lève, ouateux, mouillé, froid. Depuis trois nuits et pour la toute première fois de ma vie, je dors chimiquement, assommée par un petit cachet blanc,  absence de paradis artificiels ; absence aussi des cauchemars qui depuis des semaines habillent mes nuits de manteaux bizarres. C’est drôle le travail souterrain de la conscience, qui, lorsqu’on se force à l’ignorer, fait son chemin persuasif et curieux,  multipliant  les signes signifiants, les indices, avec obstination.

J’avoue ne pas savoir si son entêtement est salvateur ou destructeur pour moi, tant ce que je perçois et commence à comprendre lentement me déchire l’âme et déchiquette cette image d’un moi que j’ai toujours préféré pourtant flottant entre deux eaux, et par là même sujet à tous les apprentissages, qu’assis comme une idole sur un socle craquelé. Mais quand même ! Aujourd’hui, il ressemble davantage à un petit ectoplasme mou, puéril et fragile comme une chrysalide qu’il vaut mieux ne pas essayer de tenir entre ses doigts.

Ce qui est le plus ennuyeux et le plus lourd est que je n’ai nulle envie de re parcourir aujourd’hui  ce chemin introspectif, enfermant sur soi dans un narcissisme masochiste ; Il y a bien mieux à faire en ce bas monde que s’enrouler ainsi à l'intérieur de son propre nombril et de s’y noyer. Aussi ais-je pris la photo, les crayons et les mots pour dessiner depuis des années un paysage qui soit tout autre que mon propre reflet. Même s’ils se nourrissent de ma propre vie. Désirant transcender jusqu’à l’impossible cette terrible faim affective qui me taraude et est si lisible et criante en moi, mais aussi ce besoin de nourritures intellectuelles, spirituelles, sans lesquelles le temporel et le quotidien me sont aussi étouffants qu’un quart de pain sec. Dit comme cela, ça peut sans doute paraître ostentatoire et prétentieux, mais je m’en fous ; je ne sais comment exprimer autrement les choses, et sent trop au terrible abandon de mon corps qui, en ce moment s’essaie à s’échapper du réel ( je perds le sens du toucher, je m’abstraie malgré moi du matériel, n’entendant ni ne voyant plus), ou devient au cntraire d'une hyper sensibilité au toucher, au contact, jusqu'à l'intolérable, dans une somatisation extrême qui aurait fait un plaisir énorme à papa Freud, pour ne pas sentir l’urgence vitale de revenir sur des chemins créatifs et intelligents, où je puisse enfin échapper à mon terrible regard !

L’amusant est sans doute qu’au milieu de ce chaos intime, une petite partie de ce moi qui est resté juvénile et moqueur comme un lutin, regarde cette pauvre Phèdre empêtrée dans son intégrité amoureuse, sa terrifiante capacité à rêver et à enjoliver l’histoire, son incapacité à prendre les gens dans leur vraie dimension, et s’en moque gentiment !

C’est peut-être  au final ce que l’intelligence, même limitée fait de plus terrible aux gens comme moi ; Leur donner la faculté de voir sans myopie de l’âme ce qui n’est pas beau ou pas achevé, sans leur conférer  la possibilité de l’accepter en sagesse. A cause sans doute d’une volonté ferme et définitive chez moi de ne pas accepter ces laideurs de l’âme, refusées pied à pied dans ma vie depuis mes 8 ans !   A cause aussi de cette affreuse impuissance que je ressens aujourd’hui , parce que j’achoppe à cette vérité là, qui est qu’on ne peut donner ses yeux et son cerveau à autrui pour que les gens cheminent et progressent dans la connaissance de soi ; ce chemin intime, si douloureux ne peut être accompli que seul  et avec une volonté d’acier. Et moi, je suis comme un voyant (au demeurant aussi myope qu’une taupe) qui ne cesse pas de vouloir faire chausser ses lunettes, d'ailleurs pas forcément si bien adaptées  à des gens qui veulent ou ont besoin de rester aveugles et sourds !!!!  Là où il vaut mieux sans doute demeurer seul, patient,  et se contenter de tendre avec douceur de petits fils de sens auxquels on s’accroche ou pas…

Bref, le chemin de la sagesse reste très éloigné de mes pas, la domestication voulue de mes sens  et de ma sensibilité, aujourd’hui totalement débridés et sans limites est devenue une mission impossible et je m’encombre moi-même comme un paquet trop volumineux  et trop coloré pour qu’il n ‘attire pas l’attention ;

Tout cela pour dire au final que, si quelqu’un a dans son grenier une échelle pour me permettre de sortir de mon nombril, il sera donc très bienvenu !!!!

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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