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Hier, je suis allée à l'opéra, voir sur la scène, non pas les ténors et barytons attendus, mais de joyeux inconnus, poudrés et perruqués de frais, qui s'essayaient courageusement à pousser la note; Derrière eux, maquilleurs et costumiers s'agitaient, les pinceaux et les fards voletaient, le perruquier échafaudait de jolis mélanges de plumes et de perles. Et la faille et les dentelles donnaient à ces anonymes un lustre unique, une vision, un souvenir à leur âme.

Sur les sièges, aux balcons, une foule joyeuse et bruissante, des connaisseurs qui ne pouvaient s'empêcher de pousser la note, des enfants, beaucoup d'enfants meme tres jeunes, et parfaitement silencieux; Des adolescents impétueux et rieurs, mais qui soudain se taisaient, portable éteint dans la poche, pris malgré eux par l'ambiance du lieu. Un ténor rond, jovial, simple et chaleureux, jouait les chauffeurs de salle, relevant de sa voix profonde, la moindre faille vocale, soulignant d'une ciselure de la main, une vocalise plus pointue, se figeant dans l'espace lorsque tout-à-coup, une note parfaite fusait dans le silence....

Et soudain, par la magie du chant, mais aussi de la curiosité ambiante, du désir d'aller au delà de ces peurs et conventions, comme par magie, j'ai senti qu'une passerelle légère et gracieuse se tendait là, entre ce public bon enfant, dont la plupart n'avait jamais mis les pieds en ces lieux, et ce monde si étrange et particulier de la musique d'opéra, comme si, en deça des frontières sociales, l'intelligence des coeurs et des sens était enfin là....



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Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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