Partager l'article ! Promenade en ville ....divagation phédrienne...: Dans la ville aux parfums calmes, elle se promène. L'aube est là, blanche de froid, irisant l ...
Dans la ville aux parfums calmes, elle se promène. L'au
be est là, blanche de froid, irisant les trottoirs d'un voile de coton doux.
L'air est immobile, les bruits semblent atterrir de planètes inconnues, sourdre d'une très lointaine dimension; Elle aime cette sensation inégalable d'assister à l'aube du monde. Tout est neuf, lavé de souvenirs. Elle sent son propre corps léger, dense, le mouvement souple et précis de ses pas qui se posent sans bruit sur le pavage.
Elle rêve, en marchant, ses songes prennent leur essor, développent de longs sillages colorés, font descendre sur la ville anonyme un décor autre, des fleurs, des essences.
Autour d'elle, les arbres étirent leurs branches ciselées. Une musique harmonieuse et étrange jaillit de leur ramure, un appel au retour du printemps, du soleil; Elle leur sourit en passant, pose une main compréhensive sur leur tronc tourmenté de noeuds, marqué de stries douces à ses doigts.
Des oiseaux inconnus, au ramage babilleur plongent en faisceaux de plumes autour de sa tête dans un ballet entêtant de couleurs.
Elle touche d'une main hâtive un portail, un vieux mur de pierres, une façade, qui s'illuminent et résonnent de teintes chaudes, révélant à ses mains leur âme de pierre; Parfois, elle colle son oreille, attentive et le mur, la porte lui chuchotent à l'oreille l'histoire des vies qui s'abritent là, tous ces coeurs qui palpitent d'une histoire inconnue. Elle écoute, elle sourit, ne répond pas.
La ville court sous ses pieds, s'amuse à la soulever d'une dalle, lui fait des crocs en jambe de bords de trottoirs, de plaque d'egoût surelevée, de nids de poule. Rieuse, elle poursuit sa marche, saute les obstacles, joue avec le décor comme s'il était vivant; Elle sait que la ville a une âme, que le décor n'est pas un carton pâte pour un scénario creux, elle entend sa musique disparate et bigarrée, concerto pour un réveil diffus, matiné de soupirs et lourd du sommeil qui s'éteint; Parfois, elle lève la tête, s'arrête, sourit. Il lui semble entendre derrière un silence, le chant d'amour d'un couple, qui à peine éveillé, se souvient qu'il est temps d'aimer....
Alors, pour ne pas déranger, elle laisse se déplier dans son dos deux longues ailes rouges dont le vent se saisit et emporte avec lui dans un tourbillon de rêves multicolores, elle danse dans les airs, intemporelle, dématérialisée, sur le long serpent doux de ses pensées déroulant leurs anneaux d'or en écharpe sur la ville. Puis, le vent la dépose comme une fleur tombée sur un trottoir où elle bouscule un vieil homme et son chien, dont on ne sait pas lequel promène l'autre; Il regarde, étonné, cette inconnue échevelée, souriant aux anges, et qui semble revenir d'un voyage lointain; Elle rit, une incroyable gaieté anime son visage, pendant qu'elle reprend corps avec la ville qui s'anime maintenant de sa seconde vie, multitude klaxonnante et bruyante, portes qui claquent en staccato, visages chiffonnés qui déplissent leurs nuits; Elle sourit encore, remercie d'un clin d'oeil la ville qui lui a donné son vrai visage, celui qui disparaît au matin levé, et rentre d'un pas aérien avec sa besace pleine de rêves.....
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !