Vu au cinéma le film de jacque Maillot, les liens du sang avec Guillaume Canet et François Cluset.
Ce film retrace l'histoire vraie de deux frères que tout oppose de par leur vie, l'un est flic et l'autre truand, et que l'amour fraternel va quand même sceller dans un soutien difficile mais inconditionnel, malgré l'impossible réinsertion du second. Curieusement peut-être, ce n'est pas cet aspect du film, qui en constitue pourtant le fondement, qui m'a interpellée; Parce que pour moi la question ne se pose pas; En amour, fraternel ou non, rien ne doit être pardonné, la main doit rester tendue.

Non, ce qui m'a troublée en très grande profondeur, sur un plan strictement humain, est le personnage de Gabriel, le frère ainé truand, adulé de son père, et dont l'indéniable charisme s'accompagne d'une dépravation morale joyeuse, qui ne l'empêche nullement de cultiver des valeurs sentimentales et familiales très classiques.; Ainsi voit-on le même homme abattre froidement ses victimes désignées quand il renoue avec le milieu du crime, mais offrir une bague dans la plus pure traditon romanesque à la petite caissière dont il est amoureux, et l'épouser en justes noces;Pleurer à l'annonce de sa grossesse, mais la tromper allègrement avec les prostituées de son milieu. Et au sortir de leurs bras, lui faire l'amour avec un total naturel ! Et l'entourer d'une vie domestique classique en charentaises...tout en étant totalement incapable de s'assumer en père avec son fils aîné, fruit d'un premier lit....Instituer son frère en parrain de la petite, mais renouer avec son ancienne femme, mise par lui sur le trottoir et avec laquelle ll va monter un juteux commerce de proxénétisme sans l'ombre d'un état d'âme.

C'est là que pour moi se joue la clef du film, dans cette dualité complexe de l'homme, fragile et cabotin, dur et sentimental, macho au dernier degré et se pliant à la domesticité sociale, rebelle et colérique, marqué à la révolte en raison de son parcours, mais aspirant à une ascension et à une réussite matérielle comme n'importe quel chef de famille...soucieux de son image...!
Ce qui revient pour moi à se poser la question de la dimension dans laquelle l'homme existe vraiment; est-ce dans ses aspects extérieurs, salués et justifiés par le regard de ses voisins, dans le « couvercle » qu'il se croit ou a envie de poser sur sa vie comme pour se justifier, pour se retenir peut-être sur une pente fatale? Ou dans ses actes cachés, clandestins, assumés pourtant là sans l'ombre d'une gêne ou d'une hésitation? Dans le mariage des deux?

Toute une problématique humaine riche et dense se pose là, et rejoint l'éternelle question de la dualité de l'homme dans lequel l'ange cotoie toujours la bête indéfiniment...

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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