Partager l'article ! La magie d'écrire............vue par....: Je ne me suis jamais demandé pourquoi j'écrivais. C'était chez moi un besoin vital, cria ...
Je ne me suis jamais demandé pourquoi j'écrivais. C'était chez moi un besoin vital, criant, très intime, une necessité aussi presente que le besoin d'air et de nourriture.
Mon bain d'encre, dessiné au fil des pages dévorées dans l'enfance, cachée sous les draps à la lumière d'une lampe de poche, et d'abord très lié à mes tourments intérieurs et à l'histoire de ma vie alambiquée et difficile à comprendre pour une enfant, s'est enrichi au fil des ans de multiples couleurs, a dépassé sa dimension cathartique pour épouser d'autres formes, d'autres facettes de l'écriture, tendre vers le sens, le partage, la multiplicité des formes aussi, à ma petite échelle personnelle.
Tout cela, chacun de ceux qui écrivent le ressentent très bien dans leur chair; Et d'autres l'expriment merveilleusement bien;
Ce pour quoi je veux mettre ici le texte d'ouverture de L'archipel des Comètes, de Michel Onfray, qui est à l'écriture un magnifique hommage:
« Aussi loin que je remonte dans mon souvenir, j'ai toujours aimé écrire: le graphisme, la trace de la plume sur le papier, son grincement, la magie de l'apparition d'un trait modulé en pleins et déliés, cette ligne étonnante qui chante et raconte, mais aussi l'histoire elle-même, la narration, le monde ouvert aux pieds du lecteur. J'ai apprécié la mythologie de l'apprentissage, jadis, avec encriers en céramique blanche, auréolés en dégradés de violets devenus mauves sur la pulpe des doigts, puis la flèche de la plume en acier , le dessin symétriqu een son coeur qui retenait le liquide coloré, puis l'écartement sur lequel on pouvait jouer avec la pression de la main ou du poignet.
Ecrire induit avant tout une émotion physique, une sensation corporelle ; l'odeur de la poudre avec laquelle se fabrique l'encre emmagasinée dans des bouteilles vertes dotées d'un bec verseur comme pour l'apéritif dans les cafés d'antan, le lisse du papier sous le gras de la main, la rigueur bleutée des lignes et le trait rouge vertical dans la marge. J'ai d'abord aimé cela, en fétichiste. En écho, je n'écris pas aujourd'hui sans un rituel d'encre et de stylo, de papier et de mise en page, de graphisme et d'occupation de l'espace qui seul rend possible le devenir verbal de mes songes. Hiéroglyphes et cunéiformes, linéiare B et cyrillique, Kandji asiatique et calligraphie arabe, je suis toujours émerveillé de ce qui subsiste d'art stylisé, d'équilibre entre l'appolinien et le dyonisiaque dans le traçage de chaque mot, à lui seul une oeuvre d'art, un tableau. »
Michel Onfray « L'archipel des comètes » Editions Biblio-Essais
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !