J’ai envie pour une fois de parler de douceur, de ces instants où l’esprit, prenant enfin une
tangente libertaire, refuse d’abdiquer à votre volonté de cravachement, d’éreintement, où votre corps s’alanguit aux moments les plus inopportuns, préférant l’asile sous un arbre frais à la
tension musculaire, à la marche au soleil, à l’effort….
Ce langage difficile à saisir est pourtant nécessaire à comprendre, à entendre, il crie à la
parenthèse, à la trêve du guerrier pour mieux repartir plus loin….
Ainsi en a-t’il été d’une longue promenade à la poursuite de papillons, où pour une fois, une
myriade de créatures ailées dont un miraculeux papillon orangé, flammé, superbe, gambadait dans les arbres et où j’ai renâclé à travailler,
proprement incapable de fixer mon attention et de tenter une mise au point ; Préférant quasi malgré moi respirer la menthe qui pousse sauvage au bord de l’eau, l’impossible silence de ces
lieux marécageux, broussailleux, peuplés d’invisibles présences…..Je n'ai donc eu de cette présence orangée que cet oeil malicieux perçant au-dessus des fleurs, et que je vous offre, comme un
clin d'oeil....
Elle danse, enfant des villes, accoutrée de hasard
Elle danse sur les pavés en ne regardant rien
Petite fille perdue aux cheveux flashants
Elle a le bras levé, une canette à la main,
Comme un énorme coup de poing….
Elle danse et son corps dur
Est un langage doux,
Un rire en cascade aux passants
Qui se marrent,
Elle est plus belle qu'eux,
Que sa tenue égare !
Elle, elle se fout de tout….
Et ses pas chaloupants
Sont comme une histoire,
De mots délités, de perte de mémoire,
De caresses perdues
Sur les feux des trottoirs....
Rencontre impromptue, amusante et
saisissante, iconoclaste sans faire exprès, que cette boutique affichant au milieu de ses soldes, ce drôle de péquin, juste vêtu d’une chemise, et qui offre comme dit la chanson, son cul aux
passants !!
Comme j'ai facilement l'esprit
séditieux, je me suis dis en regardant cet intéressant spectacle, que le propriétaire des lieux avait pu ainsi exprimer de façon surement inconsciente, une certaine forme de révolte contre ce
qu'il vend !
Costumes sombres, gilets, cravates, la
panoplie du cadre travailleur, le fashion business, si peu propice à faire rêver !
Ou alors, une résurgence du printemps
de mai, allez savoir ...! Ce pourquoi je vous offre ce clin d'oeil drôle et irrévérencieux....!
Depuis la nuit des temps, les
philosophes se sont penchés sur la notion du jugement humain et les critères de sélection de la raison. Une autre approche sociologique et passionnante a été émise par le sociologue français
Pierre Bourdieu dans un livre intitulé « La distinction ». Loin d’une approche spéculative hasardeuse, cette étude parue en
1975 repose sur des données statistiques et des études très étayées portant sur le capital social et le capital culturel des différentes strates de la population. Jugement esthétique, culturel,
politique, modes de vie, de faire et de penser sont passés au crible d’une analyse fine, la plus objective possible et qui est constamment argumentée.
Que révèle en clair cette étude ?
Que nous sommes les fruits, devrais-je dire les produits de notre milieu de naissance et d’éducation, et sans doute les pires ennemis de nous-mêmes quand il s’agit de se situer dans l’échelle
sociale et d’affirmer des goûts. Lesquels sont presque toujours représentatifs d’un mécanisme de reproduction inconsciente des hiérarchies existantes. Autrement dit et en caricaturant, un fils
d’ouvrier s’autorisera difficilement le droit d’écouter ou de goûter de l’opéra et lorsqu’il s’y risquera, pourra courir le risque de se voir taxer
par son entourage de snobisme ou de véritable trahison de classe. De même qu’un bourgeois en ascension sociale rejettera avec dédain les cultes de ses pères, pour affirmer de nouveaux goûts plus
représentatifs de sa condition.
Ce qui se cache donc derrière ce
tableau brossé avec minutie, et dont l’actualité résiste à l’épreuve du temps est un pays resté un peu sous le talon de l’ancien régime avec ses
privilégiés dominants et appuyant cette dominance sur une culture légitimée et des dominés qui contribuent eux–mêmes à cette domination.
Bien que le constat très pessimiste au
fond de ce livre soit discutable au regard d’une certaine évolution que le vingt et unième siècle est en train d’ouvrir, ce livre appelle à réfléchir en profondeur sur ce qu’est un homme, et sur
ce par quoi il se distingue ; et qui est justement sa capacité à émettre des jugements et partant des choix, acte et signature de la première des libertés, celle de penser.
A redécouvrir en urgence.
La distinction, critique sociale du jugement – Pierre Bourdieu- Editions de Minuit
Parmi les liens et mots clefs ayant conduit à
Phédrienne, il y en a un qui m’a amusée : « photos d’un écrivain qui écrit » ! On pourrait titrer aussi mots d’un photographe qui
photographie….je ne sais pas ce que cache cette appellation un peu surréaliste, mais elle est sans doute plus porteuse de sens qu’il n‘y parait. Et pose en tout cas la question de ce que l’on est
ou prétend être en agissant. Quand suis-je photographe et quand suis-je écrivain, et lequel suis-je dans une certaine permanence ? Les deux mon capitaine !
La dynamique et l’émotion qui insufflent ces
recherches de clichés et ces textes existent heureusement tout le temps et ce n’est pas prétentieux de l’affirmer. Elles sont en filigrane derrière ma signature et posées en sentinelles au pied
de mon lit, attendent en vigilance que je me lève le matin pour se mettre en branle…. ! Le résultat n’est pas toujours évident, palpable, beau, mais ce truc viscéral qui porte à agir, à
chercher, qui est un sang et une nourriture aussi à sa façon, palpite comme un cœur qui connait certes des arythmies et des faiblesses, mais qui bat !!!!
Comme dans un jeu de masques où le décor change au fil des heures et des
envies, ce théâtre personnel décline les différents personnages qui m’habitent et qui au fond ne sont qu’un seul. Et quand la plime cède le pas à l’image, de toute façon, c’est encore une
histoire de…..langage !!!!
A vous la parole !