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« Dans le large rayon du soleil couchant qui pénètre par la fenêtre du dojo, les gouttes de sueur s’échappent de l’épais  kimono indigo de Jirô Kokubu, étincelantes, et volent tout alentour. La fente du Hakama laisse deviner, ferme et brillante, couleur d’ambre, la cuisse, qui, en plein mouvement, fait présumer un corps jeune et dansant sous le kimono d’entraînement et son armure de protection. Car, tout est mouvement, un mouvement qui semble naître d’une étroite sphère de silence, d’indigo mélancolique et profond. »

Ken – Yukio Mishima – Folio

 

Yukio Mishima était un fervent adepte des arts martiaux et de l’esprit des Samouraï, dans une forme d’extrémisme  qui l’a conduit à se faire Seppuku, fin horrible et rebutante pour nos esprits occidentaux, mais qui s’inscrit dans une tradition séculaire frappée au sceau d’un autre mental, d’autres convictions.

Mais, Mishima est surtout un auteur, raffiné et ayant un sens absolu des mots, de leur poésie et de leur finesse ; dans une écriture racée, incisive et précise, il sait à merveille donner  à voir et à sentir. Il règne dans ses écrits une merveilleuse ambigüité, un rapport au corps où sa propre sensualité trouble affleure dans une ambivalence de douceur et de cruauté.

Ken, « sabre » en japonais, est un exemple concis et dense de ce talent rare. Cette nouvelle danse littéralement autour de la pratique du Kendo, perpétrée ici par 38 étudiants qui se préparent frénétiquement à un championnat où ils ne veulent pas démériter. Conduits par Kokubu, un jeune capitaine aussi pur que passionné, uniquement possédé par son art, ils vont connaitre les limites de l’épuisement et du dépassement d’eux-mêmes, au milieu d’un climat passionnel  traversé par la fascination qu’exerce Jirô  Kokubu et la jalousie qu’il déchaine.

Je vous laisse découvrir par vous–même l’épilogue de cette histoire particulière. Et  vous invite à apprécier  la justesse des sensations décrites autour de la pratique de cet art ancestral. Bien sur, Ken n’est pas une œuvre majeure de Mishima qui a écrit de magnifiques romans à découvrir  urgemment !

Mais dans ses nouvelles se profile toute la magnificence de son écriture, et se dessine aussi  ce pays qui nous reste inconnu, le Japon.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Yukio_Mishima

 

Publié dans : Carnet de lecture
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Il y a des mots comme cela qui sont tellement usités qu’on finit par avoir du mal à les imager, à leur donner un contenu, une substance. Violence est de ceux-là. Sans doute ne se passe-t’il pas un jour sans qu’on entende ce vocable qualifier un acte troublant : agression, injures, guerre, attentats. Des faits marquants, spectaculaires, mais aussi des actes du quotidien marqué à sa manière du même sceau. Le problème étant que tout étant qualifié de violent, rien ne le parait plus vraiment. Et, dans ce melting pot de  choses où le très grave côtoie l’anecdotique, le mot se dilue, s’affadit et surtout se banalise. Et de ce fait, les choses nous paraissent rapidement moins graves, normalisées. Des images confuses se profilent dans nos imaginaires, sans nous toucher vraiment.

Je ne sais pas à quel degré d’horreur il faudrait atteindre pour que les gens ne haussent pas les épaules en disant « c’est comme ça » ! Le bombardement d’images choquantes, photographiques ou télévisées est tellement intense, les superlatifs qualifiant les attentats suicides, les tueries, les viols, les assassinats tellement codés, le cinéma d’action a tant étanché notre malsaine soif du sanglant, du visqueux, et du terrifiant, qu’un docteur Mabuse serait pris aujourd’hui pour un gentil fantaisiste, et Staline pour un pantin !!!!

Et petit à petit l’idée d’une société big brotherisée, où des caméras silencieuses traqueraient le délit et où des nurses électroniques contrôleraient les faits et gestes de nos bambins et de leurs accompagnants fait son chemin !!!  

Le corollaire de ce glissement de sens est notre incapacité globale à y répondre et notre ambivalence amusante : nous détestons les gendarmes, mais aimerions bien qu’ils soient derrière nous pour nous protéger ! Nous désirons la liberté, mais sommes tout prêts à déléguer les responsabilités qui nous incombent pour cela dans notre vie d’adultes et de parents, à d’autres réputés plus aptes ! Nous nous plaignons de la violence, mais combien d’entre nous réfléchissent sur celle qu’ils exercent à leur façon sur autrui dans l’exercice de leur métier, de leur autorité de parent, avec leur conjoint, leur famille ? Pour moi, la toute première violence réside dans le mot. L’injure précède le poing et en est déjà un, lancé à pleine force dans la figure d’autrui……………faire l’effort de maitriser cela est un pas décisif et marquant……réapprendre cela en parlant autrement à nos enfants n’est pas un combat d’arrière garde, un retour sur le passé, mais un réajustement !!! Tant le verbe et l’acte restent liés et s’inter construisent. Etre dans la parole pensée, remplie à ras bord de son sens, réfléchir avant de dire devient alors réfléchir avant de faire. Dérisoire hein, mais je suis sure que c’est un premier pas…..

 

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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Mystères et magie des technologies modernes, quand elles sont contrecarrées par la volonté humaine ! Ainsi, un périple « weekendal », joyeusement prévu depuis des mois, s’est-il transformé en cauchemar ferroviaire d’un seul coup de baguette de madame grève ! Soyez rassurés, je ne vous prépare nullement de petit billet aigri et vinaigré sur les cheminots et l’incurie des administrations !

Mais vous invite à partager un instant de pur délire digne d’un scénario !

Or donc, hier soir, dument chargée d’une valise lourde et lestée de  deux nuits sans sommeil, je me préparais à monter dignement à l ‘assaut de mon deuxième train du jour, ma précieuse ligne directe inter provinces ayant été annulée une seconde fois ! Pas le choix, ruée sur le premier wagon du TGV, posté gentiment sur le quai, et dans lequel je monte victorieusement la première, bientôt suivie d’un petit monsieur calme  nanti d’une barbiche balzacienne !

Je m’écroule et me cale dans le fauteuil, où je vais enfin pouvoir dormir, le premier trajet ayant été effectué de guingois sur un strapontin, les jambes coincées sous une valise !

Las, quelques secondes plus tard, le wagon se met à trembler et vibrer sous l’assaut de dizaines de jambes poilues et vigoureuses ! Deux équipes de rugby de retour de match, prennent le wagon d’assaut, empilent leurs valises en deux fractions de seconde et se répandent comme la peste !!!! En un instant, il y en a  partout ! Postés sur les marches, debout en sentinelles le long de l’escalier ! Répandant de vigoureux et mâles effluves de saine transpiration. Impossible de rebrousser chemin et de changer de rame ! Anéantie sur mon siège, je contemple avec un œil de chouette égarée le black géant et carré qui vient de rétrécir l’espace en s’asseyant en face de moi ! Le train démarre à l’heure, prouesse héroïque, et le spectacle commence !  

De beaux chants balancés montent dans le wagon, braillés par ces gaillards poilus et hirsutes, dont certains portent des éraflures ou des cocards !

Ca tape du pied, ça vocifère et hurle de rire, les bières circulent, et ça commence à chauffer ! Tant et si bien que, dûment émoustillés par leurs camarades, quelques gros bébés musculeux se sont retrouvés….tout nus dans le fond du wagon; sous l’œil éberlué des 6 « touristes » que nous étions !

Vous me croirez si vous voulez, mais après quelques instants de break down total, votre servante s’est calée droit sur son siège, a sorti un manuscrit et un stylo, et pendant deux heures, au milieu des chansons obscènes scandés jusqu’à l‘extinction de voix et des déshabillages, a travaillé sans sourciller, provoquant la stupeur totale des gars qui passaient dans la travée et pour qui, du coup, je suis devenue……une extra terrestre !

 

Publié dans : Plume de sucre, plume de sel !
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sourire

 

 

Le temps étend ses ailes sur mes nuits d’insomnie

Mon lit bateau ivre est une cage

Et dans la mer mouvante de mes draps marécage

J’appelle une autre mer et ses écumes bleues

 

Le temps m’est assassin qui m’éloigne de toi

Les cercles de ta vie comme des bracelets

T’attachent à cette terre, et moi je veux voler

Saoule comme un oiseau en parade d’amour

 

L e temps m’est un alcool brun, fort et doré

Dans ses heures latentes, je cours à perdre haleine

Et me brûle le cœur et me brûle les mains

A saisir l’essence d’un instant passionné

 

Le temps est mon sourire joyeux et incertain

Qui se moque de la vie dans ses tristes détours

Le temps est mon sourire qui dessine un chemin

Dur, fin et sinueux sur des lignes d’amour…..

 

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C’est étrange, c’est étrange

Sur le petit port de Plaisance

Quai oublié, émietté de verdure

Où le Héron cendré guette sa proie,

Je regarde se dérouler le temps.

Un triporteur rouillé penche, mélancolique,

Et les bateaux joyeux entrechoquent leurs coques,

Le soleil paresseux s’en vient lécher les flots,

Et quelques vieux bancs oublient de raconter

Toutes leurs histoires….

Là, les voyageurs et leurs valises carénées

Débarquant de la gare avec leurs rêves usés,

S’en viennent fatigués, poser le cul dans l’herbe,

Et écouter chanter la douce chanson des eaux,

Là, en pleine ville, dans le son trompétant

Des  voitures qui sillonnent les rubans d’asphalte,

Se faufile coquine, l’eau et ses cohortes

De mouettes éplorées et de marins d’eau douce,

Et je ris, apaisée de ce duo étrange,

Les rails mêlés aux vagues qui emportent,

La même cargaison de vies à regarder……

 

Publié dans : Poésies
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