Nous vivons une époque paradoxale, celle où le tout dire et le tout montrer s’accompagnent d’un bridage du langage qui renvoie aux temps passés.
Si vous écoutez attentivement ce qui se dit autour de vous, dans les médias et dans votre entourage, vous pourrez vérifier cet axiome là sans problèmes. Si les sujets sont abordés, ils sont le
plus souvent évoqués, effleurés, voire caricaturés. Avec un pactole de 1000 mots clés, qui reviennent en boucle comme un hamster docile dans sa cage.
On demeure à la surface des théories et des faits, comme si le fond était protégé par une épaisse
couche de glace infranchissable. L’homme courageux du 21 ° siècle, celui qui n’hésite pas à s’affranchir de certaines barrières physiques en s’imposant des défis rocambolesques, le tour du monde
en vélo, l’ascension de l’Everest à cloche-pied, un bras attaché dans le dos (ce n’est pas encore fait, mais je ne doute pas qu’on y parvienne rapidement), reste impuissant à s’affronter lui-même
au quotidien dans ses agissements et dans ses volontés.
Au final, la vie reste assez inchangée avec une vraie désertion du domaine de la pensée, de l’engagement politique, social, comme si le repli
cocooné, la falsification des mots et des concepts pouvait durablement masquer les réalités.
Petit territoire de liberté (pour longtemps ?), le monde des arts et encore que…..où s’expriment encore les fous du roi si nécessaires à
toute forme de pouvoir, y compris nos belles démocraties. Détournement des mots et des matières, innovations, et cette forme d’irrespect des normes qui donne un parfum de liberté,
enfin !
Vous pensez peut-être que je mélange tout ? Que nenni ! Tout se tient et se rejoint en ce bas monde, où les modes ne se font et ne se
défont jamais au hasard, où les outils de notre épanouissement se transforment aisément et sans qu’on y prenne garde, en outils d’asservissements, et ce qui est plus fort, un asservissement
consenti et consensuel ! Un exemple ? Nos réseaux, où je me glisse moi-même de temps en temps, il ne faut pas dit-on se priver de ces facilités là pour le travail ! Vous ne trouvez pas étrange que les mêmes qui protestent contre les bases de données d’état, les radars, les
contrôles, se plaignent d’être fichés et surveillés, donnent d’eux-mêmes la meilleure traçabilité et pire, livrent tout de leur vie la plus intime
sur un Facebook ou un Twitter ?
Que les mêmes qui répugnent au regard du voisin, se plaignent de leur concierge, viennent au quotidien sur ces pages, expliquer leurs peines de
cœur, et les aléas de leur existence ? Oui, mais, un réseau c’est « tendance », « incontournable » etc……tout comme le sont les I phones, sans lesquels l’honnête citoyen
ne saurait désormais se déplacer sans se sentir tout nu. Les habits neufs de l’empereur, vous vous souvenez ? J’ai toujours adoré cette histoire ! Mais, sous le côté anecdotique,
amusant, se profile une société qui dort !!!! A qui on peut tout faire ingurgiter sans qu’elle s’indigne ou se questionne. Entre les « à
quoi bonistes » et les « posts diluviens », il est facile de gouverner en évitant les écueils, facile de faire avaler une société de plus en plus inégalitaire, qui ne gêne au fond,
personne…
Napoléon savait déjà, et Louis XIV avant lui, qu’il suffit de quelques hochets gratifiants pour
faire taire une rébellion. Qu’il suffit de promouvoir une forme de réussite matérielle pour endormir les idées. Notre société me donne l’impression de n’avoir guère changé à cet égard, alors que
nous avons les outils, l’accès à la réflexion , à l’histoire, notre histoire. Est-ce qu’il faudra attendre que les pays de ce monde que nous ne voulons pas voir, ce monde de la misère extrême et
de l’exploitation vienne massivement cogner à notre porte, pour nous demander de « repenser » notre vie, de sortir de notre sommeil replié
sur nous mêmes ? J’ose espérer que non, sans oublier un fondamental : arrêtons de penser que la pensée est difficile, fatigante, nous sommes « armés » pour !!!! Il suffit
de commencer …………..
Et, si le sommeil est bénéfique, il devient une drogue lorsqu’on n’accepte plus …..de se réveiller !
A vous la parole !