Non linéaire, ni technique, récit d'une journée
de chaleur et de rêve au bord de l’eau. Les roselières frissonnent sous le vent, des cygnes paresseux tracent une longue ligne fluide, et au-dessus
de nos têtes un milan dessine ses cercles de chasseur attentif. L’eau est calme, à peine quelques sillons de bulles éphémères et capricieux. Nous ne sommes pas venus tôt, avons attendu
paresseusement que le soleil soit haut, chaud, avons posé notre matériel calmement. Le lieu est désert, à part un couple qui pratique le bâton et le sabre, lui enseignant, elle recevant, un clin
d’œil amusant à des pratiques familières…pour l’un d’entre nous tout au moins !!!!!
Comme d’habitude, je regarde les gestes de mon compagnon, sa précision, sa concentration extrême qui dresse une crête de sourcils
attentifs sur son front. A ces moments là, je n’existe plus et me dois de garder le silence ! J’essaie d’aider néanmoins, rompt l’automatisme de ses gestes par quelques questions timides, me
recule quand il place ses cannes, admire l’ellipse de la ligne zébrant le ciel jusqu’à l’eau, qui a dit que le geste du pêcheur n’est pas auguste ?
Le temps s’écoule, je musarde un peu, le réflex autour du cou, que j’ai doté de bagues allonges qui me permettent, vautrée dans
l’herbe, de capter les premières fleurs minuscules du printemps. Pour peu de temps ! Car je préfère, moi l’hyperactive, rester calme et silencieuse, assise et regarder, sentir, prendre le
calme olympien de ces lieux.
L’après-midi s’étire, le soleil est brûlant, des promeneurs bavards s’agglutinent non loin, un couple d’amoureux a peine à
rester sage, et je surveille du coin de l’œil, toujours taquine, les manœuvres de séduction rapprochée du jeune homme qui joue du torse et de la
prunelle !!!
Et soudain …………….le bip salvateur ! Mon compagnon saute sur la canne, ferre, sait immédiatement qu’il s’agit d’un gros poisson,
et sans hésiter me hèle :
Viens, prends !
Rapidement, il guide mes doigts, ma position, m’incite à sentir, m’apprend. La canne calée sur la cuisse, je suis gauche !!!!
Mais apprends lentement à faire venir la carpe vers moi, sens ce poids trépidant, cette force qui fait vibrer la canne, se répercute dans mes bras, me fait battre le cœur ; Elle remonte à
l’eau, je la vois ! Son dos, sa queue, ses écailles magnifiques battent l’air fougueusement et je sens une émotion incroyable monter en moi, me mettant presque les larmes aux
yeux !
Elle se rapproche ! Mais, dangereusement, file vers les hautes herbes qui sont sur ma gauche et je crains par une maladresse et
mon ignorance de faire casser la ligne et de provoquer la fuite de cette toute première prise de la saison. Puis, l’honneur de cette capture lui revient, à lui dont c’est la passion première
et qui est si proche de ce milieu, si amoureux de cela . Aussi, rapidement, je lui cède la place et regarde fascinée, la magnifique demoiselle venir docilement cette fois dans
l’épuisette !

La surprise est de taille, 19 kilos au peson ! Mais, ce n’est pas cela que je regarde ! Pas cela, mais l’extrême joliesse de ses formes, de sa robe irisée de nacre, de rose, d’or et de
bronze, la délicatesse de ses nageoires et la douceur de cet œil rond posé contre le filet…..je la caresse, je voudrais pouvoir lui dire merci, je voudrais la porter mais ne saurais pas la
prendre, ai peur de faire mal encore, j’ai tant de respect pour le vivant ! Alors je me contente de la caresser, de la sentir, avant de faire les photos attendues, et la regarde ensuite
repartir à l’eau, vive et désorientée, comme on regarde partir un rêve !!!!!
Merci à mon amour pour ce cadeau sans prix………..
A vous la parole !