Atelier philo hier qui a débouché sur un échange surprenant. Sur fond de banquet de Platon, dont la thématique, je le rappelle ici, est l’amour, un duel verbal soutenu et saugrenu m’a opposée à une dame, qui a fini par me cracher à la face dans une grimace de dégoût : je déteste les intellectuels ! Censés être les adversaires et les satans du bon peuple, qui lui est mû par des sentiments et donc proche d’une vérité de vivre et détenteur de la raison……est-ce que je rêve ?
Mots qui en ont suivi d’autres m'incitant à laisser mon esprit de côté, au profit d’un lâcher prise, d’un nonchaloir jugé plus apte au bonheur….?
Je vous rassure, bien que me revendiquant intellectuelle, je n’ai pas un QI de mensa, le mien étant tout à fait ordinaire, ni une culture encyclopédique, non, rien de tout cela. Mais la prétention de penser, d’essayer de penser, et d’aimer cela ! Mais l’audace de croire que ce qui se construit là, à l’abri de nos boites crâniennes, est sans doute la seule partie de nous qui soit inaliénable, intouchable, l’ile de liberté sans laquelle moi je ne puis vivre. Mais l’utopie assumée de croire qu’on peut expliquer, transmettre, que respecter l’autre est lui tendre ça, la faculté de penser par lui-même, de sortir de l’éducatif et du normé, de s’émanciper par la pensée. Combien de nous savent vivre sans peur du regard et du jugement, combien de nous se complaisent à se comporter comme on l’attend d’eux, pour ne pas être stigmatisé, ne pas se sentir seul, ne pas sortir du rang ? Combien d’entre nous se taisent ? Combien d’entre nous sont libres ?
Je vous rassure encore, rien chez moi n‘est sec, dur, tranchant ou acéré, sauf parfois une pointe d’acidité sur les mots ? La douceur est mon crédo, la sensualité un art de vivre, et la beauté dans son sens large un soleil auquel je ne cesse de me réchauffer en ronronnant comme un chat….Croyez-vous que penser empêche de jouir de la vie ? Surement pas !
Je regarde ces mondes virtuels ou non où on ne cesse d’opposer des choses qui ne sont pas contraires, au mépris des sagesses anciennes qui avaient compris la transversalité nécessaire, l’échange, le respect de ce que vit l’autre même et surtout si je ne le comprends pas….je regarde et je pense que le mépris n’est pas là où on le pense, il s’exprime surtout quand on sous-entend qu’une frange de la population ne peut accéder à un tout qui est le patrimoine de l’humanité tout entière. Refuser de penser, c’est se mettre soi-même en prison, s’abriter derrière les émotions collectives c’est s’instrumentaliser soi-même entre les mains de bourreaux et de tyrans potentiels qui ont toujours su jouer de cela, faire pleurer Margot…..Si seulement Margot pensait, si elle se revendiquait être pensant, donc libre, elle ne pleurerait pas ou moins! Elle lèverait le front, fière et droite comme un drapeau, elle saurait dire non, Margot….vous ne croyez pas ?
Un de mes enfants m’a dit un jour en rentrant de l’école qu’il était obligé de se faire plus bête qu’il ne l’était, pour ne pas être chahuté, conspué…..c’est beau hein…il n’est pas surdoué non plus, je vous l’assure, il aime juste réfléchir, quelle maladie !
A vous la parole !