J’ai assisté hier à une conférence sur le slam, qui depuis suscite en moi nombre de réflexions et de
questions. L’origine du slam, nous dit-on, pose le principe d’une scène libre sur laquelle chacun peut monter à sa guise, et s’exprimer sur la thématique de son choix et dans la forme
qui lui convient.
La relative « canonisation du genre », que nous connaissons en France, c'est-à-dire des
textes rythmés, cadencés, poétisés, ne serait donc qu’une variante ou un aboutissement du genre et non sa pleine expression.
A mes questions appuyées et étonnées, (car enfin si je monte sur scène avec ma liste de courses et la déclame, est–ce du slam, oui, c’en est !) et lorsque j’ai souligné que ce que nous
entendions sur les ondes était travaillé, ciselé, avec un langage soutenu, un des conférenciers gêné m’a lâché aussitôt : ah mais non, si on dit les choses comme ça, c’est
élitiste !
Ouch, revoilà ce grand mot lâché. Pourtant, à l’écoute d’un texte de démonstration qui nous a été
« joué » et j’insiste sur ce mot, je suis bien convaincue, et sans aucun ostracisme de ma part, que le citoyen lambda des cités environnants le centre où cela se passait, n’en aurait
pas compris tous les mots, dont certains, choisis, ne figurent pas à son registre.
Comme d'autres formes d'expression artistiques populaires, le slam, né dans la rue, a évolué et grandi, il se scénarise et emprunte à d’autres modes
d’expression du show business, mais cela ne doit pas se dire ? Pourquoi donc ? Où est la sincérité des mots alors ? Lequel d’entre
nous irait à une slam session où on n’entendrait que son voisin de palier critiquer sa belle mère, où la petite vieille du 8 ème se plaindre de son
dos, le tout exprimé de façon plate ? Personne, je le crains…
Pourquoi ne pas l’assumer, ne pas le vivre en simplicité, plutôt que de se cramponner à une image qui
s’effiloche ? J’avoue ne pas le comprendre et avoir du mal à adhérer. Le langage est universel, l’expression appartient à tout le monde, soit, mais la création artistique, elle, si elle n’a
pas besoin de naitre dans des berceaux dorés, se situe un cran ailleurs, pas forcément au–dessus, mais ailleurs…c’est un peu la différence qui se
fait d’elle même entre ce qu’on appelle en peinture une croute, et une œuvre. On peut mettre les mots que l’on veut, mais l’œil et l’émotion esthétique, eux, font la césure ! Cela tient du
miracle, du petit plus qui s’insuffle, du travail aussi…..nous ne sommes pass égaux devant cela, et même si cela ne doit surtout pas empêcher chacun de s’approprier un langage, un art, au
contraire, il me semble hypocrite de tout mettre dans un grand saladier en prétendant que rien n’en différencie les composants……
Il me semble qu'on ne combat pas les inégalités en faisant semblant de croire qu'elles
n'existent pas. En laissant penser à des gens que ce qu'ils font relève de l'art quand ce n'est pas le cas. Ce n'est peut-être pas "bien pensant" de ma part, mais, pour moi c'est
justement là, qu'au final, on ne les respecte pas. La sincérité doit rester le soubassement absolu de toute forme d'expression pour garder et revendiquer une identité, quelque chose de fort qui
restera inaliénable ...
A vous la parole !