
Il y avait cet alien végétal brillant de milles feux dans la lumière.
Dans ce bleu transparent coupant comme du verre.
Le froid mordait les joues, comme il colorait de rouge le visage de cette mariée oubliée, trônant dans une robe pagode rigide et ruchetée. Elle devait avoir froid, geler de l’intérieur. Se pouvait-il que cette journée particulière puisse en elle racheter tout ce froid ?
Dans les poches de mon jean, mes mains se serraient sèches et brûlées. A mon cou, le réflex, comme un bijou de poids, oscillait en silence au rythme de ma marche. Des trouées de lumière, des fulgurances fauves éclataient sur des feuilles épargnées par le vent. Les oiseaux traçaient un sillage blanc dans le bleu pur et incandescent du ciel.
Il me fallait respirer ! Respirer ! Oublier le dedans et le calfeutrage des jours, du quotidien larvant de sa patine un enthousiasme, une chaleur. Echo de mon besoin criant d’espace, le froid me rendait vivante, me faisant sentir mon corps dans ses plus petits atomes, il me faisait vierge de tout, lisse, fraiche, neuve à la vie et sa morsure d’amant captieux me transportait d’infini…
Le soleil vautré un instant dans des nuages édredonnés, de ce blanc écumeux de toiles de maitre, a glissé sans à coup du côté de la nuit, pendant que sous mes pieds, le sol gelé et dur résonnait comme un tambour africain, mélange de nuits et d’horizons où les océans se rejoignent, où le volcan s’éteint à la banquise, pendant que mes rêves décollent….

A vous la parole !