J'ai visité hier un musée dont je tairais le nom, ne voulant pas nuire à ces lieux dédiés aux arts de tous horizons; De toute façon, il se reconnaîtra sans
peine à ce récit et j'espère qu'il en étouffera de gêne dans un coin!!!
Or donc, j'allais le coeur battant et l'appareil en bandoulière vers un lieu de verre et d'acier, totalement voué aux arts nouveaux, et vers lequel se
pressaient ingénument d'autres amateurs tout aussi naîfs que moi. Derrière une caisse high tech, une vendeuse qui ne l'était pas moins nous remit un billet d'entrée très esthétique, côté à dix
euros, mais la beauté comme chacun sait n'a pas de prix. Puis, d'un pas glorieux tous les impétrants frémissants d'aise franchirent un premier sas de sécurité avant que d'atteindre la terre
promise:
Une salle de nobles proportions aux murs immaculés, et au sol recouvert de tôle ondulée. J'y vis évidemment tout un présage : invitation sans doute au
dépouillement necessaire (message subliminal invitant le visiteur à entrer l'âme vierge de préjugés) et annonce du frémissement hédoniste qui n'allait pas manquer de saisir mon corps épris de
sensations nouvelles.
C'est donc les sens aux aguets que je franchis ensuite quatre ou cinq salles cubiques couvertes de morceaux de papier griffonnés de messages transcendants
m'invitant à comprendre que le mur n'était pas gris, de dix photos faméliques aux couleurs passées, et contenant pour l'une une structure d'aluminium chevauchée d'un boa géant en plumes mauves
(une vision du Kamasutra?) , pour l'autre une toile d'araignée blanche pendue au plafond (vision allégée de l'épée de Damoclés?) , une lampe blanche barrée de stries rouges et perchée sur un
tabouret géant, etc etc..........
N'écoutant que mon courage et ma foi en les hommes, je poursuivis néanmoins mon chemin, avec moins d'enthousiasme, je l'avoue....
Une alcôve appétissante me tendant ses poufs rebondis, je m'y installais devant un écran de proportions modestes, et me plongeais dans la vision de courts
metrages d'art et d'essai dont malheureusement la profonde beauté artistique échappe encore à mon esprit étroit: J'en appelle donc aux lecteurs aguerris et férus d'arts et mieux éduqués que moi,
s'ils ont reçu les grâces de Calliope ou de Polymnie, de vouloir bien m'apporter leurs lumières: qu'ils m'éclairent!!! Et leur livre sans ambages le synopsis des chefs d'oeuvre! Voyez
plutôt:
Dans un salon Rococo, un homme chauve, aux yeux clairs posé nu sur un fauteuil, mastique des aliments qu'il pioche sur la table à côté de lui. De temps en
temps, afin que nous comprenions bien sans doute qu'il est véritablement nu, qu'il s'expose sans artifices, il ôte la main posée sur son genou écarte les jambes et contemple son sexe d'un air
hébété. Mise à part l'originalité évidente de sa plastique (lisse et molle comme un poupon de celluloid), rien dans ce film ne m'a frappée, si ce n'est une sorte d'apathie brutale dont je ne suis
pas tout à fait sortie.....
Pleine d'espoir cependant, je me focalisais sur le second petit film. Dans une salle de bain vieillotte, une femme d'âge indistinct, vêtue d'un slip laid
coupant ostensiblement une remarquable culotte de cheval et d'un tee-shirt avachi, mire sa chevelure broussailleuse dans une glace pas très nette, puis entreprend de se laver les dents avec un
geste aussi plein d'énergie qu'une queue de paresseux...........
Devant ce spectacle édifiant mais abscons, je fus saisie d'un imperceptible et vertigineux tremblement, commençant à sentir un doute pervers et malsain
m'envahir l'ame: et si j'étais stupide, totalement fermée à la beauté et au sens de tout cela? Question abyssale dont je traine encore les rémugles ce matin alors que j'écris...
Aussi, je tentais une ultime expérience fondatrice en franchissant un épais rideau de toile noire effilochée, derrière lequel une obligeante hôtesse me coiffa
de deux écouteurs avec un sourire très encourageant; S'ensuivit une nouvelle enfilade d'espaces totalement vierges,où, à chaque nouveau seuil franchi je passais de l'audition de la vie en rose à
d'autres extraits musicaux également originaux et signifiants......je croisais sur mon chemin plusieus couples de tous âges dont certains arboraient un air ravi qui me torture à sa simple
évocation: quel glorieux Graal ais-je laissé échapper, moi dont le cerveau est resté fermé à la crudité et à la truculence hurlante de cette demonstration d'art?
Puis, je compris dans une révélation fulgurante qui me terrassa sur le champs. J'étais l'empereur nu dans ses habits transparents que seule une élite éduquée
pouvait percevoir! Comme lui, je m'exposais déshabillée à la vindicte et à la moquerie publique, espérant paraître vêtue dans ce lieu de culture encensé par les édiles de la ville, alors que
j'étais nue comme un ver !
Et c'est ainsi, que je m'enfuis, encore toute tremblante de cette vérité assommante vers un parc arboré où je pus enfin, le reflex à la main, retrouver un peu
de ma dignité humaine !!!!!
A vous la parole !