Ca naît et ça murit doucement
Une graine, petite, à peine, un mouvement,
Des mots…
Levés comme une récolte d’orage,
Ramages diserts étendus dans le silence….
Ca vit en moi, ça palpite et parfois
Comme des fleurs gisantes
Ça ne parle pas,
Je les porte en moi en fardeaux invisibles
Et ma bouche alors
En paysage clos
Dessine cette barrière sans mots
Une image, un geste
Suspendu, en latence,
Quelque chose qui attend toujours,
Une sentinelle perdue dans un désert immense
Et qui guette le jour et qui porte la nuit
Où le silence est un habit
De brume et de soie mouillée
Où se nichent les songes oubliés…..
Et tout à coup, on se sent nu,
Une présence, une absence, un air perdu,
Et le temps s’égare, s’oublie et se délite
Comme une chanson qui murmure au fil du vent…..
Je pense à lui, je pense, et mes mots fuient
Ma bouche bégayante tremble et sourit
De cette valse lente qui chavire ma tête
Qui chavire mes sens et me tempête,
Ca n’existe pas, mais moi je le crie
Cette vision vivante de la vie
Ces chemins parcourus dans le même pas
Et moi qui repars dans les rues,
Avec ce ciel d’or et de brume dans mes yeux,
Et dans mes cheveux fous, la caresse de soie
L’empreinte de sa main qui effeuille mes jours,
Cette envie insouciante que ce soit un toujours
Et que pour une fois, pour une fois
Le temps s’arrête et se suspende
A mon cœur têtu……………….
Un souffle d’air passe dans les champs, et soudain, je respire. Chemin de
campagne anonyme, bordé de ronces et de mûres, qui invitent à des agapes buissonnières. Un paysage intemporel, éternel cliché de senteurs chaudes, épaisses comme les futaies des arbres qui
bordent la rivière. C’est ici, cela pourrait être ailleurs, dans n’importe quel endroit que traverse une nationale déserte, juste un peu rongée de caravanes qui viennent de loin. Pas un site
grandiose, des lignes graphiques de meules posées en pente douce dans la blondeur. Des vols en piqués de tariers affamés et cette valse amoureuse et
dense de papillons flammés et tigrés.
Fleurs des champs éclatantes d’une beauté oubliée, dont le mauve et le blanc tachètent les talus. Odeurs éclatantes d’enfance, de poches maculées de fruits écrasés, de biscuits émiettés dont on cherchera la trace du bout des ongles. Envie de jeter les chaussures, de glisser pieds nus sur les pierres noires et moussues qui font chanter l’eau, de se jeter à flot de cascade, d’éclabousser et de rire.
Le sentier noir qui mène là, humide, boueux, obscurci de branches entrelacées garde le mystère des bois d’autrefois. Comme un petit air de conte qui vous oblige à ouvrir les yeux, à chercher à ras de terre les escargots et les limaces, à regarder scintiller sur des feuilles minuscules les perlettes d’argent d’une toile d’araignée. Un instant de grâce….
Photographe et écrivain,
j'aime marier les langages
et partager....
A vous la parole !