Au fond d’une tasse de café, noyé,

Lentement, mon sommeil a coulé,

Amarrée à mes draps comme une feuille

Troublée,

J’ai vogué là des heures

Sans m’arrêter…..

Sous ma fenêtre des noctambules

Funambules,

Crient leur ivresse sans préambule,

Et moi j’écrase sur un oreiller

Froissé,

Mes yeux qui ne peuvent

Se fermer,

Ma nuit noire comme

Ces ondes brunes,

Concentriques alluvions

Nocturnes,

M’amène aux rives blanches

Du matin,

Naufragée vagabonde,

Longue,

Silhouette penchée

Sur un écran,

Qui trace le rectangle blanc

Des insomnies !!!!

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J’aime beaucoup l’image de ces deux papillons suspendus et cramponnés de toutes leurs forces à un épi ballotté par le vent. Ce qui m’amuse terriblement est le sérieux qu’ils affichent, (je verse pour cela dans l’anthropomorphisme primaire, une fois n’est pas coutume !). Avec leurs masques darkvadoriens et leur cape ostentatoire, ils semblent jouer à tout prix un rôle pas franchement confortable, en gardant un air impénétrable et digne. Cette image drolatique me fait irrésistiblement songer à certaines  dimensions de la condition humaine, janusienne par essence.
Chaque fois que je regarde un bureaucrate austère (là, je pêche par stéréotype, pourquoi pas moi ?), un enseignant infatué qui pérore, je ne peux en effet m’empêcher de m’imaginer le dialogue qui se poursuit quelque part dans leur inconscient, du type « Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir me gratter, ça me démange, c’est dingue ! »  ou « qu’est –ce qu’il est moche ce mioche, je lui flanquerais bien un coup de pied au derrière », tandis que se déroule un verbiage prémâché et prédigéré qui ne demande même plus à être pensé. Cette distorsion entre le mental et l’acte, à laquelle nous sommes tous soumis peu ou prou  (et hop une formule toute faite !) est aussi indissociable de l’homme que certains comportements le sont des autres animaux.
Je me demande à ce sujet dans quel contexte un animal, disons, un peu évolué quand même, se contraint lui-même à faire des trucs aussi insensés et pas si parfaitement utiles que supporter la conversation d’une voisine infernale ou  caresser le museau du chien du concierge qui sent horriblement mauvais (le chien, pas le concierge !) .  

A la réflexion, je pense que c’est une réaction (un réflexe, un conditionnement social ? Au secours Jung, Lacan !) très très humaine.

La morale de l’histoire ? Méfiez-vous des effets induits de la chasse aux papillons !!!!



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Où faut-il que je cache ce mien jardin perdu,

Cette terre brûlée, ce pays de non sens,

Où faut-il que je cache ces couleurs parlantes,

Ces vibrantes parures de mots rouges, soufrés ?

Où faut-il que je parte, portant mes pas si durs

Sur des arêtes vives au tranchant d’épée froide,

Acier bleu de la nuit des aurores triomphales

Sur des banquises dérivantes…….

Dans la découpure pâle d’une fenêtre intérieure

Ouvrant sur des rivages de pensées  déchirées,

Coupures de papier, froissées à main levée,

Montagnes de ma terre d’exilée….

Où faut –il que je rêve d’un langage invisible,

De mains parlant enfin au ventre des absences,

De regards implorant le feu vivant des jours

Pour que la vie ne soit pas sans amour

Où faut-il que je pose ce corps renversé

Sur la lame  glissante d’un fleuve enfiévré,

Alluvions délirantes d’un soupir marqué,

D’une passion restée vibrante……

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Sourd comme un poète,

Qui ne veut entendre,

Que le bruit ronflant de ses rimes,

Aveugle comme le peintre,

Plongé dans ses palettes,

Et qui ne perçoit pas

Le chant des cimes,

Muet comme le cœur,

Qui se tait à quiconque,

Est-ce que cela doit-être ?


Je veux être diseuse,

Comme une fée loquace,

Je veux  être voyante

De mes yeux intérieurs,

Je veux être chantante

Comme une valse forte,

Je veux être debout,

Comme une statue de chair,

Je veux être souple

Comme une liane dense,

Et claire comme l’air,

Et dure comme l’acier,

Je veux être moi-même

Dans ce feu d’étincelles,

Où chaque nouveau jour

Me fait naître un instant,

Comme une couleur

Cherchée à l’infini,

Une forme qui nait

D’une masse de glaise,

Comme un rêve cherché

A l’encre des rêveurs,

Comme quelque chose

Qui ne veut pas s’éteindre ,

Même lorsque la nuit meurt….

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La démarche culturelle n’est pas chose aisée. Il ne devrait d’ailleurs même pas en avoir ; Indissociable d’une façon d’être et d’agir, elle devrait s’arrimer au soi tout le temps et transcender un quotidien tout le temps. A force de lire et de regarder, à force de sentir aussi ce que je peux approcher de ce milieu dans son sens large, créatifs, ou supposés tels d’obédiences diverses, c’est le constat que je fais, et la question que je me pose en constance. L’art, tel un vernis, pose sa couche brillante sur certains, qui ont le talent, une ingéniosité aussi à proposer un produit, à créer un marché, à susciter, mais sans aller jusqu’au bout de ce qu’ils sont. Les profanes en quelque sorte, ceux qui ne sont pas encore passés, ou qui ne passeront pas par cette crise émotionnelle et mystique profonde, ce bouleversement qui est une catharsis intellectuelle en même temps qu’émotionnelle,  naviguent sur une galaxie à part, un autre monde.

Je ne raisonne pas là en termes de talent vrai, de validation par les doctes d’un savoir faire, d’une créativité estampillée aux tables de la loi. Mais bien de ce tourbillon intérieur, de ce typhon sidéral qui change du tout au tout celui qui le connait. Humble ou non, petit faiseur, ou bricoleur à ma façon, comme génie reconnu ou supposé, subjectivement appréciable et apprécié, mais nourri au sang de cette passion, de ce commandement intérieur qui le pousse à faire. Pis, qui le met dans cette tension perpétuelle, cette quête non pas d’un mieux, d’une perfection, d’ailleurs s’il est un mot que j’abhorre dans la langue française, tant il est synonyme pour moi d’ailes coupées, d’élan vital refroidi à la glace du conformisme, c’est bien celui-là ! Mais d’une chose, pas forcément nommée, et qu’il veut trouver.

Le profane est plus sur de lui, qui souvent reproduit à l’infini ses œuvres comme Beethoven déclinant ses variations autour d’un même thème. Le mystique passe par des crises révulsives, se cherche dans des spasmes douloureux et jouissifs, étourdit et assomme ses proches de cette forme d’intégrisme déroutant qui ne le fait jamais  se détourner de sa route, sauf à se nier lui-même, et à se faire un seppuku intellectuel digne des pires supplices inventés par une humanité imaginative et constante dans l’horreur, comme dans la beauté. 

D’ailleurs c’est sans doute ce que les religieux n’ont jamais compris : il n’y a nul besoin d’un dieu pour expérimenter l’extase mystique !!!!

 

 

 

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