Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager
Lorsque j’étais enfant, j’ai trouvé un jour dans la bibliothèque de mes parents un vieux bouquin rouge fatigué, le troisième œil de T.Lobsang Rampa, qui racontait la formation, l’initiation d’un jeune moine tibétain ; Vrai ou faux, le récit m’a fascinée durablement, ancrant en moi pour très longtemps des images très fortes, la vision d’un coin de planète où la spiritualité, la conscience avaient toute leur place. Je ne sais pourquoi, mais moi qui suis athée proclamée et revendiquée, j’ai trouvé rassurante l’image de ces bonzes en prière, rejetant la violence, domptant leurs corps ; Pendant des années et même encore maintenant, je l’avoue, l’idée de pouvoir planer au-dessus de mon enveloppe corporelle m’a semblé un séduisant voyage, malheureusement hors de ma portée !
Aujourd’hui, je regarde comme vous ces images choquantes, ces moines battus et jetés dans des camions par une soldatesque brutale ; Cette mise à sac d’un patrimoine multi millénaire, ancestral, pilier d’une sagesse et d’une vision du monde propres à enrichir la communauté humaine tout entière ; Et je me dis qu’il existe une tradition aussi vieille que l’homme, que l’histoire de nos sages et philosophes depuis les temps les plus anciens raconte inlassablement, celle de la censure de la pensée libre et rebelle à toutes les formes de pouvoir autarcique. Depuis Socrate , ce saccage de l’esprit est une constante, sur laquelle nos esprits accoutumés à une certaine forme de liberté ne s’arrêtent plus avec autant d’indignation et de vigueur qu’il le faudrait ; Il serait temps pourtant que la communauté humaine tout entière s’accroche à ces sentinelles de l’âme que sont les penseurs partout dans le monde, et particulièrement dans ce lieu mythique, que l’on appelle et pas pour rien, le toit du monde.
Le jour se lève, ouateux, mouillé, froid. Depuis trois nuits et pour la toute première fois de ma vie, je dors chimiquement, assommée par un petit cachet blanc, absence de paradis artificiels ; absence aussi des cauchemars qui depuis des semaines habillent mes nuits de manteaux bizarres. C’est drôle le travail souterrain de la conscience, qui, lorsqu’on se force à l’ignorer, fait son chemin persuasif et curieux, multipliant les signes signifiants, les indices, avec obstination.
J’avoue ne pas savoir si son entêtement est salvateur ou destructeur pour moi, tant ce que je perçois et commence à comprendre lentement me déchire l’âme et déchiquette cette image d’un moi que j’ai toujours préféré pourtant flottant entre deux eaux, et par là même sujet à tous les apprentissages, qu’assis comme une idole sur un socle craquelé. Mais quand même ! Aujourd’hui, il ressemble davantage à un petit ectoplasme mou, puéril et fragile comme une chrysalide qu’il vaut mieux ne pas essayer de tenir entre ses doigts.
Ce qui est le plus ennuyeux et le plus lourd est que je n’ai nulle envie de re parcourir aujourd’hui ce chemin introspectif, enfermant sur soi dans un narcissisme masochiste ; Il y a bien mieux à faire en ce bas monde que s’enrouler ainsi à l'intérieur de son propre nombril et de s’y noyer. Aussi ais-je pris la photo, les crayons et les mots pour dessiner depuis des années un paysage qui soit tout autre que mon propre reflet. Même s’ils se nourrissent de ma propre vie. Désirant transcender jusqu’à l’impossible cette terrible faim affective qui me taraude et est si lisible et criante en moi, mais aussi ce besoin de nourritures intellectuelles, spirituelles, sans lesquelles le temporel et le quotidien me sont aussi étouffants qu’un quart de pain sec. Dit comme cela, ça peut sans doute paraître ostentatoire et prétentieux, mais je m’en fous ; je ne sais comment exprimer autrement les choses, et sent trop au terrible abandon de mon corps qui, en ce moment s’essaie à s’échapper du réel ( je perds le sens du toucher, je m’abstraie malgré moi du matériel, n’entendant ni ne voyant plus), ou devient au cntraire d'une hyper sensibilité au toucher, au contact, jusqu'à l'intolérable, dans une somatisation extrême qui aurait fait un plaisir énorme à papa Freud, pour ne pas sentir l’urgence vitale de revenir sur des chemins créatifs et intelligents, où je puisse enfin échapper à mon terrible regard !
L’amusant est sans doute qu’au milieu de ce chaos intime, une petite partie de ce moi qui est resté juvénile et moqueur comme un lutin, regarde cette pauvre Phèdre empêtrée dans son intégrité amoureuse, sa terrifiante capacité à rêver et à enjoliver l’histoire, son incapacité à prendre les gens dans leur vraie dimension, et s’en moque gentiment !
C’est peut-être au final ce que l’intelligence, même limitée fait de plus terrible aux gens comme moi ; Leur donner la faculté de voir sans myopie de l’âme ce qui n’est pas beau ou pas achevé, sans leur conférer la possibilité de l’accepter en sagesse. A cause sans doute d’une volonté ferme et définitive chez moi de ne pas accepter ces laideurs de l’âme, refusées pied à pied dans ma vie depuis mes 8 ans ! A cause aussi de cette affreuse impuissance que je ressens aujourd’hui , parce que j’achoppe à cette vérité là, qui est qu’on ne peut donner ses yeux et son cerveau à autrui pour que les gens cheminent et progressent dans la connaissance de soi ; ce chemin intime, si douloureux ne peut être accompli que seul et avec une volonté d’acier. Et moi, je suis comme un voyant (au demeurant aussi myope qu’une taupe) qui ne cesse pas de vouloir faire chausser ses lunettes, d'ailleurs pas forcément si bien adaptées à des gens qui veulent ou ont besoin de rester aveugles et sourds !!!! Là où il vaut mieux sans doute demeurer seul, patient, et se contenter de tendre avec douceur de petits fils de sens auxquels on s’accroche ou pas…
Bref, le chemin de la sagesse reste très éloigné de mes pas, la domestication voulue de mes sens et de ma sensibilité, aujourd’hui totalement débridés et sans limites est devenue une mission impossible et je m’encombre moi-même comme un paquet trop volumineux et trop coloré pour qu’il n ‘attire pas l’attention ;
Tout cela pour dire au final que, si quelqu’un a dans son grenier une échelle pour me permettre de sortir de mon nombril, il sera donc très bienvenu !!!!
Ce mâle gorille, Je l’ai regardé derrière la vitre, longtemps, il y a quelques mois ; Et son souvenir m’est revenu je ne sais pourquoi.
Son regard était sérieux et triste, attentif et vigilant. Seul, assis sur un rocher, il veillait à sa tribu avec un air désenchanté. Les femelles sous sa coupe, les petits jouaient, mangeaient, batifolaient. Veillant pour respecter son pouvoir, à ne pas l’approcher à moins d’un mètre, traçant autour de lui un cercle respectueux, que, seul un jeune, son petit, osa passer pour provoquer un jeu.
A chaque nouvelle entrée de visiteur dans l’enclos, le mâle opposait immédiatement le barrage de ses gigantesques épaules et son dos argenté, si puissant, effrayant ; Marquant de nouveau son territoire et reprenant aussitôt sa surveillance incessante ; je me disais en le regardant que c’était un combat terrible et perdu d’avance ; Tôt ou tard, un autre mâle arrogant, et plus jeune que lui viendrait le défier et prendre possession de ses femelles ; je me demandais en le regardant s’ il avait conscience de cela, que ce royaume préservé au prix de tant d ‘efforts quotidiens était une citadelle fragile, renversable au premier vent ; Que ce pouvoir etait aussi le gage d'une complète solitude! L’analogie avec les destinées humaines, renforcée par l’incroyable similitude des gestes, d’attitudes du corps, m’a alors frappée comme une évidence. Je me suis demandé si la différence ne gisait pas la, dans cette non prescience d’un destin quasi inévitable, alors que le petit d’homme lui, sait à l’avance sans vouloir le croire ni pouvoir le prendre que ce qu’il tient dans ses mains dure au mieux l'espace d’un rêve, ce qui en fait d’ailleurs toute la beauté. Et que le pouvoir acquis sur autrui est pour l'homme aussi une colline sur laquelle il règne seul. Heureux?
A part que beaucoup d’hommes sont sans doute beaucoup moins persévérants que ces singes ?
Il s’endormait le soir avec un rituel inconnu, le bout d’un vieux coussin chiffonné et doux roulé entre le pouce et l’index et glissé au creux de son oreille. Et quand il se réveillait la nuit, petit garçon fantasque agité de rêves durs et incroyables, je me glissais contre lui et demeurais immobile pendant des heures, attendant que les battements de son coeur se rythment au mien; Alors, le lendemain, il me cueillait des fleurs minuscules, de petites fleurs sans tige écrasées dans sa main, et je mettais ces bouquets miniatures dans un petit verre d’eau pour qu’ils ne meurent pas trop vite; Il me disait que j’étais une maman soleil, que mes cheveux étaient comme de l’or, il y glissait ses mains très doucement, ne voulait pas que le ciseau du coiffeur y passe ; Alors je les ai laissés pousser pour lui…..
Il chantait en se lavant tous les matins, sa voix de cristal pur hante encore mes nuits, une aile de bonheur se levait chaque fois et moi j’arrêtais tout et je demeurais la, juste pour entendre sa petite voix….et dans mon gros livre rouge, ma pochette à trésors, je garde enfouis ses petits dessins doux, ces témoignages d’or à l’amour éternel, qu’on m’a arraché du cœur, et qui ne se guérit plus……….
A VOUS LA PAROLE