« Du nectar au poison, les conséquences de l'amour sont claires: rien n'existe hors la passion. L'amour, puissance associale, voire
antisociale, pulvérise les convenances et plus rien ne compte. Respectabilité et regard d'autrui, sens de l'honneur et de la parole donnée, promesse honorée et amitié chevaleresque, tout
s'écroule, meurt et s'effondre. »
Sous les plis de la voile noire - Michel Onfray
C'est exactement cela; Un séisme émotionnel sismique, tellurique qui soudain ravage une âme, fait chanceler tout ce qui était pivot, socle, ramassis de choses
amoncelées au fil des ans et qui faisaient de vous un être policé, carossé de certitudes, de manies, de choses toutes faites; Et tout-à-coup, voilà que tout tombe de vous, les faux semblants, les
peurs, tout ce qui était là et qui vole en éclat et ne compte plus.
Alors oui, en vous, l'etre brut, nu, sauvage, celui qui se tait toujours et ne réclame rien, se lève, tend des mains avides et réclame, tout! Et
marche sur sa route, éveillé à tout ce qu'il voit de neuf, capable désormais des audaces les plus folles.
C'est pour cela que la passion fait peur, que tous lui tournent les talons avec horreur, préférant la tiedeur d'amours plus convenus et
rassurants, une conjugalité sage, apaisante et étouffante comme un nid de coton.
Pourtant, ce fondement passionnel est au coeur absolu de toute création; Montrez-moi le poète, le sculpteur, le peintre, montrez-moi le génie
scientifique à l'oeuvre et qui n' a pas été brûlé au coeur et à la raison par ce feu continu? Qui n'a pas en deça de toute morale sacrifié tout ce qu'il avait à la recherche d'un absolu, nié de
tous, affirmé par lui seul?
Nos musées et nos opéras sont pleins de ces oeuvres là, notre vie s'est bâtie à la lumière des découvertes de nos savants, mais on oublie à quel
prix d'amour et de dons de soi elles ont été faites, nourries du sang et de la moelle d'humains plus qu'humains.... et qui croyaient en leurs propres désirs....
C'est Rimbaud incendiant sa vie sur les routes marocaines, c'est Utrillo noyant son trop plein d'âme dans les alcools noirs, c'est Marie Curie
brûlant sa vie à son intègre recherche, c'est Camille Claudel sombrant les mains nimbées de poussière de marbre dans les méandres de la déraison; c'est Rodin et ses statues tourmentées, c'est
Michel Ange torturant son dos sur des échafaudages fous ..........mais aussi tant d'autres que cette passion fulgurante a portés en construction et en joie....Bach et ses virtuosités, Mozart et
ses enchantements, Chagall et ses couleurs....
Alors, cette passion effrayante, redoutée, moi, je ne la vois pas drapée d'un manteau noir, elle est feu, elle est vie, colonne vertébrale
des êtres qui se veulent debout, et qui ont envie de colorer le monde de leur propre vision, de faire bouger ce qui est immobile, de renverser ce qui est pesant, de faire chanter les
silences!
Puis, je sais son chant vivant d'allégresse en soi, le bonheur qu'elle procure, aussi intense et fort que les tristesses qui peuvent en naître!
La passion, première anarchie du coeur, non pas un mode de vivre mais une raison d'être, à cru, à nu, en intensité, en émotions...et en créations
vives........
A VOUS LA PAROLE